dimanche 25 octobre 2020

Le temps passe...




Penser à la vieillesse n'est pas toujours agréable, mais il vient un moment où l'on est bien obligé d'admettre qu'on y est. Ce n'est pas pour cette raison que tout s'arrête, bien au contraire, même si notre société a tendance à cacher les vieux. Voici donc quelques pensées qui m'ont interpellées. Je les ai relevées dans le livre de Laure Adler, "La voyageuse de nuit ".



"Vous vivez comme si vous alliez toujours vivre, jamais votre vulnérabilité ne vous effleure l'esprit,  vous ne remarquerez pas tout le temps qui s'est déjà écoulé; vous le perdez comme si vous pouviez en disposer à volonté  alors que ce jour même dont vous faites cadeau à une personne ou une activité, est peut-être votre dernier jour à vivre. Toutes vos craintes sont des craintes de mortels mais tous vos désirs sont des désirs d'immortels." Sénèque


  Que faire alors pour bien vieillir ? Voici le conseil de Montaigne :

"Il faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude."

Et celui-ci, de Sénèque encore :

"Travaille ton élan et réduis tes bagages...

Même au moment de mourir travaille ton bondissement

Elance-toi dans le rien."

Il est possible alors de voir la beauté du monde :

"C'est seulement en vieillissant que l'on s'aperçoit que la beauté est rare, que l'on comprend le miracle que constitue l'épanouissement d'une fleur au milieu des ruines et des canons, la survie des œuvres littéraires au milieu des journaux et des cotes boursières." Herman Hesse (Eloge de la vieillesse)




Mais vient aussi le moment de s'accepter enfin : 

"Il faut parfois toute une existence pour parcourir le chemin qui mène de la peur et l'angoisse au consentement de soi-même. A l'adhésion à la vie. " Charles Juliet 

Une phrase définitive pour interroger le temps qui passe et nous conduit vers la mort, cette grande inconnue :

"L'homme et la mort ne se rencontrent jamais car quand il vit elle n'est pas là, et  quand elle survient, c'est lui qui n'est plus."  Epicure


Nous ne pourrions nous quitter sans quelques vers d'Andrée Chedid dont j'aime particulièrement la relation au temps :

"Mes amis, la peine est de ce monde

La peine est de ce monde,

je le sais bien.

Comment deviner, sur la fragile branche, 

Le nom des saisons à venir ?


La peine est de ce monde

Ô mes amis que j'aime

Mais chaque fleur d'orage

porte la graine de demain."


dimanche 18 octobre 2020

Voir au-delà du visible

 Une jolie histoire, une ode à l'imaginaire qui crée la vie et le bonheur.


En regardant par la fenêtre...

 Deux hommes, tous les deux gravement malades, occupaient la même chambre d'hôpital. L'un d'eux devait s'asseoir dans son lit pendant une heure chaque après-midi afin d'évacuer les sécrétions de ses poumons, son lit était à coté de la seule fenêtre de la chambre. L'autre devait passer ses journées couché sur le dos. Les deux compagnons d'infortune se parlaient pendant des heures. Ils parlaient de leurs épouses et de leurs familles, décrivaient leur maison, leur travail, leur participation dans le service militaire et les endroits ou ils avaient été en vacances. Et chaque après-midi, quand l'homme dans le lit près de la fenêtre pouvait s'asseoir, il passait le temps à décrire à son compagnon de chambre tout ce qu'il voyait dehors. L'homme dans l'autre lit commença à vivre pendant ces périodes d'une heure où son monde était élargi et égayé par toutes les activités et les couleurs du monde extérieur. 

De la chambre, la vue donnait sur un parc avec un beau lac, les canards et les cygnes jouaient sur l'eau tandis que les enfants faisaient voguer leurs bateaux en modèles réduits. Les amoureux marchaient bras dessus, bras dessous, parmi des fleurs aux couleurs de l'arc-en-ciel, de grands arbres décoraient le paysage et on pouvait apercevoir au loin la ville se dessiner. Pendant que l'homme près de la fenêtre décrivait tous ces détails, l'homme de l'autre coté de la chambre fermait les yeux et imaginait la scène pittoresque. Lors d'un bel après-midi, l'homme près de la fenêtre décrivit une parade qui passait par-là. Bien que l'autre homme n'ait pu entendre l'orchestre, il pouvait le voir avec les yeux de son imagination, tellement son compagnon le dépeignait de façon vivante.



 Les jours et les semaines passèrent. Un matin, à l'heure du bain, l'infirmière trouva le corps sans vie de l'homme près de la fenêtre, mort paisiblement dans son sommeil. Attristée, elle appela les préposés pour qu'ils viennent prendre le corps. Dès qu'il sentit que le moment était approprié, l'autre homme demanda s'il pouvait être déplacé à coté de la fenêtre. L'infirmière, heureuse de lui accorder cette petite faveur, s'assura de son confort, puis elle le laissa seul. Lentement, péniblement, le malade se souleva un peu, en s'appuyant sur un coude pour jeter son premier coup d'œil dehors, tout à la joie de voir par lui-même ce que son ami lui avait décrit. Il s'étira pour se tourner lentement vers la fenêtre près du lit. Or, tout ce qu'il vit, fut un mur ! L'homme demanda à l'infirmière pourquoi son compagnon de chambre décédé lui avait dépeint une toute autre réalité. L'infirmière répondit que l'homme était aveugle et ne pouvait même pas voir le mur. Peut-être a-t-il seulement voulu vous encourager, commenta-t-elle.


 Il y a un bonheur extraordinaire à rendre d'autres personnes heureuses, en dépit de nos propres épreuves. La peine partagée réduit de moitié la douleur, mais le bonheur, une fois partagé, s'en trouve doublé. 

Conte philosophique raconté par Bernard Lamailloux

dimanche 11 octobre 2020

La crise et le temps


 La crise, nous avons une bonne idée de ce que c'est aujourd'hui. Pendant longtemps, on nous a parlé d'une crise économique, qui semblait durer éternellement et que nous ne ressentions pas vraiment comme une crise, avec un côté brusque et violent.

Une autre est arrivée, sanitaire, et nous avons vraiment compris ce que c'était, la crise. Chacun de nous en a connu aussi, dans sa vie et l'on dit souvent que les crises nous enseignent plus qu'elles ne nous affaiblissent.

Voici ce qu'en dit Albert Einstein :

«Ne prétendons pas que les choses vont changer si nous continuons à faire la même chose. La crise est la plus grande bénédiction qui puisse arriver aux gens et aux pays parce que la crise apporte des progrès. La créativité naît de l'angoisse comme le jour vient de la nuit noire. C'est dans la crise que l'invention est née, les découvertes et les grandes stratégies.

Qui surmonte la crise, se surmonte, sans être surmonté. Celui qui attribue à la crise ses propres échecs, néglige son propre talent et est plus respectueux des problèmes que des solutions.

La vraie crise est la crise de l'incompétence. Le problème des personnes et des pays sont la paresse pour trouver les sorties et les solutions. Sans crise il n'y a pas de défi, sans défis la vie est une routine, une lente agonie. Sans crise il n'y a pas de mérite. C'est dans la crise où chacun doit donner le meilleur de soi-même, parce que sans crise tout vent est caresse."

Albert Einstein



Derrière la crise et son incertitude se cache l'idée du temps. Que nous réserve l'avenir ?

"Notre imagination déploie sans cesse devant nous l’image toujours renouvelée de ce qui va pouvoir arriver, de ce qui est possible. Nous ne pouvons penser à nous sans un instant suivant, mais nous ne pouvons savoir ce que sera cet instant. Ainsi, nous ne pouvons connaître ce qui nous intéresse le plus au monde, ce qui se passera demain".
François Jacob. Le jeu des possibles.

Alors, puisque nous ne savons rien de l'instant suivant, nous pouvons quand-même sentir que la vie est en devenir et que le temps est l'espace de ce devenir :

"Sans devenir, il n'y aurait pas de vie ; la vie n'est vie qu'en devenant. Dès lors, nous comprenons l'importance du temps. C'est dans le temps que cela se déroule. Or le temps, c'est précisément l'existence de la mort qui nous l'a conféré !"
François Cheng (Cinq méditations sur la mort. Autrement dit sur la vie) 

Terminons avec ce poème de Rainer Maria Rilke, qui nous ouvre sur la compréhension de la vie :

OUVERTURE

Qui que tu sois, le soir sors,
sors de ta chambre où tout est connu ;
ta maison, c’est la dernière avant l’étendue,
qui que tu sois.
Avec tes yeux qui fatigués peinent
à se délivrer de l’usure du seuil,
tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul.
Et tu as fait le monde. Et il est grand,
pareil à un mot qui mûrit encore dans le silence.
Et comme ta volonté comprend son sens,
tes yeux de lui se détachent tendrement…

Rainer Maria Rilke (Le livre des images)





dimanche 4 octobre 2020

Un coin de campagne

 En entendant les parisiens se plaindre et rêver de campagne, j'ai repensé à ce joli poème qui nous entraîne dans un doux rêve plein de bonheur tranquille. N'est-ce pas notre refuge actuel quand le monde devient trop chaotique à nos yeux ? J'espère que tous ceux qui vivent loin de la ville mesurent pleinement leur chance aujourd'hui.




Il lui disait : Vois-tu..


Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
L’âme pleine de foi, le cœur plein de rayons,
Ivres de douce extase et de mélancolie,
Rompre les mille nœuds dont la ville nous lie ;
Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
Nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où,
Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses,
Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ;
Une maison petite avec des fleurs, un peu
De solitude, un peu de silence, un ciel bleu,
La chanson d’un oiseau qui sur le toit se pose,
De l’ombre ; — et quel besoin avons-nous d’autre chose ? »

Victor Hugo (Les contemplations)


Quant à moi, je trouve ces images très vivifiantes et bien éloignées de l'animosité qui nous anime souvent en ce moment ! Un peu d'air pur, voilà ce que je voulais partager avec vous !