dimanche 20 septembre 2020

Les moines et les voleurs

 


J'ai terminé le livre d'Emmanuel Carrère : sa prose se lit très bien et même si ce n'est pas un roman, on est pris par la lecture de ses aventures . Il parle beaucoup de lui, de ses expériences, je ne vais pas en reparler ici. J'ai trouvé au hasard des pages cette histoire qu'il raconte et qu'il dit beaucoup aimer. Moi aussi, je vous l'ai recopiée :

"C'est un voleur qui a entendu parler du trésor que les moines gardent dans une pièce cachée de leur monastère. Espérant faire main basse sur ce trésor, il entre comme homme de peine au monastère. 

Pendant dix ans, il balaie la cour, ramasse les ordures, accomplit les tâches les plus humbles, tout en furetant dans le monastère, en prêtant l'oreille aux conversations des moines, en cherchant où pourrait bien se trouver la pièce au trésor.


Au bout de dix ans, il a mis tant de zèle au service de sa cupidité que le père abbé lui propose le noviciat. Il reste novice encore dix ans, toujours furetant, épiant, se tenant aux aguets, de plus en plus obsédé par le trésor. Dix ans encore, et il prend les ordres, et il dit ses prières, jour après jour, en espérant trouver le trésor et se barrer avec. C'est ainsi qu'il devient un grand saint, et c'est seulement à la fin de sa vie, sur son lit de mort, qu'il comprend que le trésor c'était cela : sa vie au monastère, ses prières, son entente avec les autres frères, et que s'il y a accédé, c'est parce qu'il était un voleur."

Une belle leçon ! 


Et en voici une autre, qui n'est pas dans le livre d'Emmanuel Carrère. On y retrouve les mêmes personnages dans un temple japonais mais le moine par sa grande sagesse va réussir à ébranler le voleur : 

"En ce temps-là, vivait aux environs de Heian-Kyo, dans un temple perdu dans la forêt, un moine connu pour sa grande sagesse, nommé Shichiri Kojun. Ce soir-là, le saint homme était seul. Il récitait des sûtras au pied d’une statue du bouddha. Soudain, la porte du temple s’ouvre à la volée. Un homme d’aspect effrayant, grossièrement vêtu, fait irruption dans la salle de prière. II met sur la gorge de Shichiri sa longue épée effilée : « Moine, donne-moi l’argent des offrandes ou je te coupe la tête et la fais rouler au pied des autels. »

Shichiri était installé en Siddhasana (la posture de méditation), le dos droit, les genoux repliés, il garda la position et pas un muscle de son visage ne tressaillit : « Prends l’argent qui est dans le vase des offrandes, ne me dérange pas dans mes prières. »

Et il reprit la récitation des sûtras.

Le voleur se dirigea vers l’endroit indiqué et commença à remplir ses poches. Dans sa hâte, il faisait tinter les pièces, et parfois un juron lui échappait quand l’une d’elles roulait sur le sol. Il fallait reconnaître qu’il était embarrassé par sa grande épée.

Au bout d’un moment, sans tourner la tête, le moine déclara: « Ne prends pas tout l’argent, je dois payer l’impôt du temple demain matin. »

Le voleur, impressionné par la fermeté de la voix et le sang-froid imperturbable du moine, laissa en maugréant un peu d’argent au fond du vase des offrandes. II s’en allait avec son butin lorsque le moine dit encore : « Quand on reçoit un présent, on doit remercier, fais-le ! »

Le voleur subjugué marmonna un vague merci et disparut.

Un an plus tard, le voleur fut arrêté. II avoua, entre autres méfaits, le vol commis au temple, crime qui était puni de mort. Confronté au moine, il l’entendit avec stupeur déclarer : « Moi, Shichiri, je déclare que cet homme n’a pas profané le temple, je lui ai donné une grande partie de l’argent des offrandes, et il m’a remercié, tout est en ordre. » Le voleur fut condamné à cinq ans de prison seulement.

Quand il fut libre, il vint trouver Shichiri dans le temple perdu dans la forêt et il devint son disciple. Dans les années qui suivirent, les visiteurs et les pèlerins admirèrent sa profonde piété. Ainsi a-t-il été rapporté des histoires du passé.



dimanche 13 septembre 2020

Méditer sans se prendre la tête

Dans le nouveau livre d'Emmanuel Carrère, dans lequel je me suis lancée, j'en suis à la moitié, il parle beaucoup de méditation, yoga et taï-chi. C'est le début du livre. Par la suite, il nous raconte sa dépression et sans doute bien d'autres choses mais je n'en suis pas encore là.


Il essaie de nous donner une définition de la méditation ( en fait, il en donne au moins une dizaine dans le livre). J'aime beaucoup celle-ci parce qu'elle parle de ce que nous avons tous vécu en débutant la méditation et sans doute par la suite, pour ceux d'entre nous qui continuent dans cette voie.

La voici donc, dans le style simple et fluide d'Emmanuel Carrère, que j'aimerais tant pouvoir trouver pour mon écriture :

" La méditation, c'est tout ce qui se passe en soi pendant le temps où on est assis, immobile, silencieux. L'ennui c'est la méditation. Les douleurs au dos, aux genoux, à la nuque, c'est la méditation. Le gargouillis dans le ventre, c'est la méditation. L'impression de faire un truc de spiritualité bidon, c'est la méditation. Le coup de téléphone qu'on prépare mentalement et l'envie de se lever pour le passer, c'est la méditation. La résistance à cette envie, c'est la méditation _ mais pas y céder, quand-même. C'est tout. Rien de plus. Tout ce qui est en plus est en trop. si on fait cela régulièrement dix minutes, vingt minutes, une demi-heure par jour, alors ce qui se passe pendant ce temps où on reste assis, immobile et silencieux, change. La posture change. La respiration change. Les pensées changent. Tout cela change parce que tout change, de toute façon, mais tout cela change aussi parce qu'on l'observe. On en fait rien en méditation, on ne doit surtout rien faire, sauf observer. On observe l'apparition des pensées, des émotions, des sensations dans le champ de la conscience. On observe leur disparition. On observe leurs pilotis, leurs points d'appui, leurs lignes de fuite. On observe leur passage. On n'y adhère pas, on ne les repousse pas. On suit le courant sans se laisser emporter. A force de faire ça, c'est la vie même qui change. On ne s'en rend pas compte d'abord. On a la vague impression d'être au bord de quelque chose. Petit à petit ça se précise. On se décolle un peu, un tout petit peu, de ce qu'on appelle soi. Un tout petit peu, c'est déjà beaucoup. C'est déjà énorme. Ça vaut la peine. C'est un voyage. Au début de ce voyage, dit un poème zen, la montagne au loin a l'air d'être une montagne. Au fil du voyage, la montagne ne cesse de changer d'aspect. On ne la reconnait plus, c'est toute une fantasmagorie qui remplace la montagne, on ne sait plus du tout vers quoi on s'achemine. A la fin du voyage, c'est de nouveau la montagne, mais ça n'a rien à voir avec ce qu'on apercevait de loin  il y a longtemps, quand on s'est mis en route. C'est vraiment la montagne. On la voit enfin. On est arrivé. On y est.

On y est."

Emmanuel Carrère (Yoga)



Toutes ses définitions sont intéressantes, il nous les livre au fur et à mesure des expériences vécues dans le livre. Ce que j'aime, ce sont les doutes exprimés sur toutes ces disciplines de développement personnel. Ils sont tellement vivifiants !



dimanche 6 septembre 2020

Accueillir

                              

Savoir accueillir est tout un art. Accueillir ce qui est, ce qui nous advient, et pouvoir accueillir l'autre avec joie, car tout ce qui nous advient peut nous être un guide. Un guide pour avancer sur notre chemin.




Rumî le dit mieux que moi, dans ce poème que Fabrice Midal a placé sur ma route, dans un livre sur la méditation :

"L'être humain est comme une auberge

Chaque matin, une nouvelle arrivée


Une joie, une dépression, une rancœur

Un moment de prise de conscience qui vient

Comme un visiteur inattendu


Accueille-les et reçois-les-tous !

Même s'ils sont une foule de chagrins

Qui balaye violemment ta maison

la vide de son mobilier


Continue à traiter chaque hôte honorablement

Il se pourrait qu'il fasse place

à quelque nouvelle joie.


La pensée sombre, la honte et la malveillance,

Accueille-les à la porte en souriant

Et invite-les à rentrer


Sois reconnaissant pour quiconque arrive,

Car chacun d'eux a été envoyé

Comme un guide venant de l'au-delà."

Rumî



Ce poème est très parlant aujourd'hui, alors que nous sommes dans l'incertitude de l'avenir. Il nous dit d'accueillir ce qui nous arrive comme un guide. Un guide pour créer notre vie.





dimanche 30 août 2020

Notre programme pour ce trimestre

Le local du centre d'astrologie

 Septembre arrive et il est temps de parler de nos activités pour cette fin d'année.

Nous tenons à continuer à vous proposer notre programme et à avancer en tenant compte des conditions du moment. Ainsi, les règles sanitaires seront appliquées dans le local ou dans les lieux choisis pour nos activités.

Nous avons donc prévu de rendre hommage à un grand astrologue disparu en 2019 : André Barbault.

Ce sera le mardi 29 septembre à 20h30 au local du centre d'astrologie.

Soirée hommage à André Barbault   

                                      

 

André Barbault (1921-2019) est un des plus grands astrologues du 20ème et 21ème siècles.

Sylvie Lafuente Sampietro nous éclairera sur le rôle qu’il a joué dans la communauté astrologique et sur l’importance de cet homme dans son propre parcours d’astrologue.

Pour comprendre qui il était et découvrir son chemin de vie, nous visionnerons le film « L’astrologie au cœur » de Fabrice Maze.  Nous prendrons un temps de partage pour extraire l’essentiel de son message, surtout autour de la pratique de l’astrologie mondiale.

Vous pouvez réserver vos places par mail : assoc.altair@gmail.com  ou au local ou via Helloasso  : https://www.helloasso.com/associations/association-altair/evenements/hommage-a-andre-barbault. Les tarifs sont de 8 € pour les non adhérents et de 5 € pour les adhérents. 

Nous aurons aussi comme chaque année la conférence d'astrologie mondiale de Sylvie Lafuente Sampietro pour l'année 2021.

Ce sera le 4 décembre à 20h30  à la Maison du tourisme de Grenoble.

"S’organiser dans       

le chaos créatif"

                 


Cette conférence a pour objectif de vous permettre de mieux comprendre la mutation du monde et de nos sociétés à travers une prise de recul sur l’actualité et une compréhension des cycles que l’humanité vit.

Elle est un apport personnel pour la gestion de votre année 2021, elle vous donnera des clefs pour saisir ce qui se passe dans votre vie et une prise de conscience des cycles qui sont à l’œuvre.

L’année 2021 est un temps puissant de créativité pour inventer une nouvelle organisation du monde de façon très pragmatique. En toile de fond, les grands cycles propulsent l’humanité dans une dynamique d’évolution incroyable. La redéfinition du monde va continuer cette année, sur le plan des forces territoriales et politiques. C’est une révolution écologique et économique qui est en route. Les structures sociales et politiques vont être soumises à une force de renouveau. C’est un espace de liberté et de créativité, où nous choisissons ce qui va se développer dans l’avenir. Revenir à l’essentiel et à ce qui est durable est une clé de réussite de cette mutation.

Nous allons traverser une crise de conscience majeure en rapport au libéralisme, à nos libertés individuelles et à la gestion des ressources avec le carré décroissant de Saturne à Uranus. C’est le temps d’une réorientation et d’une action mondiale pour l’écologie. Il se peut que la terre et la nature nous donnent quelques coups de pouce.  Nous devrons lâcher prise à d’anciennes idéologies ou croyances devenues caduques (cycle Saturne/Neptune).

Comment cerner notre rayon d’action et avancer dans le temps du chaos créatif ? Comment rester ancré face à la multitude d’information et à sa manipulation ? Comment se définir par rapport à la liberté individuelle et collective ? Comment canaliser le sentiment d’insécurité ? Comment s’intégrer dans la révolution écologique et la réorientation économique ? Comment se saisir de l’opportunité du renouveau et de la réorientation ?

Venez découvrir les enjeux de cette année 2021 pour pouvoir gérer vos décisions de vie en accord avec le rythme du cosmos.

Date : le 4 décembre 2020 à 20h30

Lieu : Maison du tourisme de Grenoble - 14, Rue de la république 38 000 Grenoble

Tarifs : 10 € pour les adhérents à l'association Altaïr, 14 € pour les non adhérents

Réservations : au local du centre d'astrologie pendant les cours ou les permanences de l'association ou par Helloasso : https://www.helloasso.com/associations/association-altair/evenements/conference-d-astrologie-mondiale-2021

Nous espérons que ce programme vous plaira et que vous serez avec nous sur ces manifestations.

Et n'oubliez pas notre bibliothèque accessible pendant les permanences de l'association et les formations.

dimanche 23 août 2020

Retour à la réalité

De retour de la montagne, où j'ai retrouvé le calme de chaque été, mais aussi ma famille, venue me saluer tout au long de ce mois. Terminés les sommets du Vercors, aux couleurs merveilleuses du matin et du soir. Terminé le réveil au son des cloches des vaches et des chèvres et les visites amicales des chats du voisinage.




Mon décor de fond est redevenu le massif de Belledonne avec ses couleurs et j'ai retrouvé la compagnie des tourterelles, corbeaux et pies, plutôt calmes à vrai dire, sans doute à cause de la chaleur !

Ces deux aspects de mon été ont été reliés par ce poème, arrivé à moi alors que je surveillais les hirondelles et la buse qui tournoyait  là-haut, bien au-dessus de mon jardin d'été.

              

S’unissant aux jeux fondateurs

Des nuages et du vent

L’oiseau s’allia à l’espace

S’accoupla à l’étendue

S’emboîta dans la distance

Se mêla à l’immensité

Se noua à l’infini

Andrée Chedid, Rythmes, l’oiseau



J'aime beaucoup les poèmes d'Andrée Chedid, elle nous envoie des sensations, d'un coup, sans nous prévenir, en quelques vers qui nous laissent sans voix, mais nous rendent heureux qu'elle ait su exprimer ce que nous ressentions.

Ce poème-ci par exemple, nous appelle à nous lier aux arbres pour ressentir le temps. Il était particulièrement adapté pour mes vacances et les promenades en forêt.

Destination : Arbre

Parcourir l'Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l'argile

Peu à peu

S'affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l'espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit


Evoquer ensuite
Au cœur d'une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l'asphalte Éloigné des jardins
Orphelin des forêts

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

S'unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels

Sentir sous l'écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies

Cheminer d'arbre en arbre
Explorant l'éphémère
Aller d'arbre en arbre

Dépistant la durée.



Le retour me ramène aussi aux réalités, aux incertitudes de notre monde. La nostalgie me vient de ces images d'avant, lorsque nous étions insouciants, nous faisions la bise, n'avions aucune crainte à nous rapprocher les uns des autres et n'avions pas le sourire caché. Ne nous laissons-pas rattraper par ces images, nous sommes passés dans un autre monde, encore plus incertain, dans lequel nous ne savons pas ce qui nous attend demain. Le savions-nous plus avant cette pandémie ?

Continuons donc à faire des projets et à proposer des solutions.

C'est ce que nous faisons dans notre association, et nous vous proposerons notre programme du trimestre dans ces tout prochains jours.

Pour terminer, voici Renaître, toujours d'Andrée Chedid, il retrace le chemin de mes jours :

Renaître

Porté par le reflux des sèves
Par ces paroles qui font l'été
Par ces soleils gorgés d'échos

Tu graviras cœurs et sentiers
Tu ne cesseras de renaître
Taillant brèches et mots

Dans la paroi des jours.

         

dimanche 5 juillet 2020

L'été et l'éternité




Nous entrons dans l'été et dans le temps de pause pour le blog. C'est traditionnel et souvent, je reprends le dialogue ainsi interrompu durant le mois d'août, lorsque nous commençons à penser à la rentrée et déjà à l'automne. Cette année fut particulière mais nous retombons sur nos habitudes, avec quelques règles supplémentaires. Cela ne devrait donc pas nous empêcher de reprendre nos activités dès le mois de septembre et de vous proposer de les partager avec nous.




Et comme souvent aussi, je vous laisse avec Rimbaud, ses poèmes propices à la méditation me semblent parfaitement adaptés à cette période de repos.




L’Eternité
Arthur Rimbaud
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Arthur Rimbaud, Derniers vers




Profitez bien de ce bel été !

dimanche 28 juin 2020

Une sainte subversive




J'ai lu il y a quelques années la biographie d'Hildegarde de Bingen par Lorette Nobécourt et j'y repense souvent car cette femme est fascinante.
Elle a vécu au XIIe siècle. Religieuse, elle est devenue abbesse de son couvent de bénédictines. Son champ d'action est immense : l'écriture, la médecine, la musique, la mystique, la linguistique... Elle a beaucoup écrit sur les visions qui lui venaient depuis toute jeune.
Elle reçut l'approbation du pape, fut reconnue comme sainte et devint docteur de l'Eglise.
Une femme de pouvoir très mystique reconnue à son époque comme aujourd'hui. La biographie de lorette Nobécourt est rêvée mais essaie de nous rendre compte de l'aspect sacré de la vie.




Le livre de Lorette Nobécourt s'intitule : La clôture des merveilles.
Une phrase de Hildegarde avait inspiré ce titre : "Ainsi, l'homme est la clôture des merveilles de Dieu."

Cette phrase puissante et pleine de sens, m'a accompagnée lors d'un stage sur Saturne que j'avais fait un été et il me semblait qu'elle représentait la définition de Saturne portée à un niveau spirituel. En effet, la clôture peut se concevoir comme le cadre qu'il faut acquérir pour pouvoir atteindre à la liberté.
Voici ce que disait Lorette Nobécourt à propos de son livre :
"Ce n'est pas seulement ce désir de clôture que je veux honorer ici, mais l'engagement politique qu'il recouvre, sa subversion. Hildegarde de Bingen l'incarne.
Il n'y a en effet, d'engagement politique véritable qu'à défendre la beauté, celle qui rend la vie plus large et plus profonde. Pour aller jusqu'à la liberté.
Hildegarde de Bingen a écrit des textes sacrés et profanes, aimé une femme, fondé deux monastères, composé de la musique, des poèmes, soigné, exorcisé, percé le secret des plantes, tenu tête aux puissants, mais surtout elle a été jusqu'au plus profond d'elle-même, jusqu'à la vérité de l'être que porte l'enfant aux cheveux blancs, celui en nous qui, par l'expérience, ramène l'innocence jusqu'à lui. C'est une aventure sacrée."
L'enfant aux cheveux blancs est celui qui en nous a retrouvé l'innocence après avoir acquis l'expérience.




Les valeurs d'Hildegarde sont très modernes  et résonnent en nous aujourd'hui :
"Oui, la vie porte l'absolu et il revient à l'homme de l'incarner ici, qui ne l'atteindra jamais. 
Oui, la liberté, la poésie, l'amour, l'eros, la joie, la subversion, l'autonomie, l'indépendance sont des valeurs contemporaines qu'il reste à défendre.
Oui, le but de l'homme est l'amour, toujours plus d'amour."

Revenons à la clôture, pour mieux en saisir le sens :
"C'est à chacun d'oser entrer dans la clôture de soi-même, non pas pour "poursuivre le chemin des anciens" comme l'écrivait le poète Bashô, mais pour chercher à notre tour ce qu'ils ont cherché."

"L'infini n'a de source que dans la limite, et il faut avoir clos en soi tous les rêves pour que l'absolu se dévoile."




Terminons avec cette phrase qui résume ce chemin d'Hildegarde :
"La voilà revenue de cet exil où nous retiennent les vanités du siècle, pour mieux s'enfoncer dans la clôture des merveilles, c'est-à-dire en elle-même."