dimanche 17 mars 2019

Beauté

"L'instant exige de nous que nous soyons dans une posture d'accueil et d'attente non seulement pour accueillir ce qui advient comme beauté mais aussi pour entendre cette basse continue qui résonne en nous-mêmes." François Cheng



La beauté selon François Cheng, c'est l'harmonie et une renaissance de chaque instant.

«Nous sommes transformés, rendus meilleurs par la beauté. Dans la vie, il y a des scènes qui exaltent, comme le combat, l’entrechoquement des corps par exemple, mais l’état suprême de la beauté, c’est l’harmonie. Il s’agit de la qualité éthique de la beauté. Cette beauté éthique permet à l’homme de conserver sa dignité, sa générosité et sa noblesse d’âme. Ces qualités nous permettent de transcender notre condition humaine, de dépasser la douleur pour atteindre l’harmonie. La beauté nous transfigure, car elle nous sort de l’habitude, nous permet de revoir les choses qui nous entourent comme au matin du monde, comme pour la première fois. En sortant dans la rue, vous voyez cet arbre en fleur, et l’univers vous apparaît comme au matin du monde. Comme Prévert qui, dans un poème (Voyages), raconte qu’il voit sa femme de loin dans un bus, sans d’abord la reconnaître, comme s’il la voyait pour la première fois. Seule la beauté est capable de nous donner cet étonnement, cet émerveillement de la première fois. »




Mais elle est aussi ce qui nous attache à la vie.

…] Et de plus, nous tendons vers d’autres présences de beauté, vers une chance d’ouverture et d’élévation. C’est bien grâce à la beauté qu’en dépit de nos conditions tragiques nous nous attachons à la vie. Tant qu’il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l’air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée. J’aimerais pousser la hardiesse jusqu’à dire que la beauté, d’une certaine manière, justifie notre existence. N’est-il pas vrai qu’au sein de la beauté, but de notre quête, nous éprouvons la sensation de ne plus viser à rien d’autre? Force nous est de constater qu’elle est essentielle dans la mesure où elle participe du fondement de notre existence et de notre destin.




Comme écho à ces mots de François Cheng, voici un poème de Sophie Nauleau :

J’ai vu une enfance violentée rêver devant un amandier en fleurs.
J’ai vu un homme emprisonné retrouver souffle à la lecture d’un poème.
J’ai vu le ciel déverser des tonnes d’azur sur nos morts.
J’ai vu la neige brûler moins que les larmes.
J’ai vu le soleil consoler un coquelicot, et réciproquement.
J’ai vu un arc-en-ciel en cavale sous l’orage.
J’ai vu un ange noir chanter sous les étoiles.
Et je n’ai trouvé qu’un mot pour dire cela qui transcende le chaos, l’éphémère et la joie mêlés de nos vies : la beauté. 





dimanche 10 mars 2019

Le guerrier intérieur


Nous aurons au mois d'avril une conférence d'astrologie sur Pluton, animée par Sylvie Lafuente Sampietro. J'aurai l'occasion de vous en reparler très prochainement.




Mais auparavant, voici quelques mots au sujet du chemin du guerrier, développé par Castaneda et qui permet de comprendre le chemin proposé par Pluton.
On peut parler de guerrier ou de sorcier, mais ce dernier mot est souvent mal considéré. Le sorcier est cependant, dans d'autres sociétés, un être respecté car il est très engagé et il est aussi guérisseur des âmes et des corps. Parlons donc du guerrier.


Le guerrier est celui qui agit du mieux qu’il peut sans s’inquiéter du fruit de ces actes.  Ce guerrier-là n’est pas en guerre contre les autres, mais en lutte contre la complaisance qu’il porte en lui. Ce sentiment qui nous fait désirer le résultat avant l’acte et qui nous fait souffrir lorsque nos désirs ne sont pas satisfaits. Dans son parcours initiatique Carlos Castaneda a appris, auprès du chaman Yaqui Don Juan, ce que veut dire être un guerrier, un « homme de connaissance ».

Don Juan fait souvent la distinction entre l’homme « moyen », celui qui n’a pas encore développé suffisamment de pouvoir personnel et de discernement, et le guerrier :
" L’homme moyen cherche la certitude dans les yeux d’un spectateur et nomme cela confiance en soi. Le guerrier cherche à être impeccable à ses propres yeux et appelle cela humilité. L’homme moyen est suspendu à son semblable, tandis que le guerrier n’est suspendu qu’à lui-même." 
Développer le pouvoir personnel c’est développer la capacité de vivre en conscience en se libérant des préjugés et des peurs inconscientes. La personne qui augmente son pouvoir personnel est celle qui peut appréhender le monde avec un regard neuf libéré des attentes :
"Tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes, repose sur notre pouvoir personnel. Si nous en avons suffisamment, il suffira peut-être d’un simple mot pour que le cours de notre vie change. Mais si nous n’avons pas assez de pouvoir personnel, on aura beau nous révéler la sagesse la plus magnifique, cette révélation ne fera pas une sacrée différence. "
Mais pour qu’une personne décide de développer son pourvoir personnel, encore faut-il qu’elle soit consciente qu’un changement est nécessaire :
"Un guerrier débute avec la certitude que son esprit n’est pas équilibré; puis, à force de vivre avec une maîtrise de soi et une lucidité totales, mais sans hâte ni contrainte, il fait vraiment de son mieux pour acquérir cet équilibre. "
Pour acquérir cet équilibre, l’apprenti guerrier doit faire taire le dialogue interne et se libérer ainsi de ses conditionnements et de ses habitudes qui le limitent :
"Chaque fois que le dialogue cesse, le monde s’évanouit et des facettes extraordinaires de notre personnalité font surface, comme si elles avaient été profondément gardées par nos paroles. Tu es comme tu es parce que tu te dis à toi-même que tu es ainsi."
Prendre conscience de son dialogue interne c’est également prendre conscience que notre perception de la réalité est limitée par ce dialogue. Pour pouvoir voir, et l’on pourrait remplacer voir par développer la pleine conscience, il faut regarder au-delà des idées préconçues et vivre l’expérience à travers notre être :
"Le dialogue intérieur est ce qui te donne une base. Le monde est comme ceci ou comme cela parce que nous nous disons à nous-mêmes qu’il est comme ceci ou comme cela. Voir n'apparait que lorsque le guerrier est capable d’interrompre le dialogue intérieur." 

Comme l’explique Don Juan, la personne en quête de sens doit adopter les bons comportements jusqu’à ce qu’ils portent leurs fruits. Selon le sorcier Yaqui les hommes sont tous victimes de leurs complaisances et de leurs croyances, et seul un comportement exemplaire pourra les libérer :
"Nous sommes tous victimes des mêmes mystifications. La seule façon de les surmonter est de persévérer dans le comportement du guerrier. Le reste vient tout seul. Qu’est-ce que le reste? lui demanda Carlos. La connaissance  et le pouvoir. Les hommes de connaissances possèdent les deux. Cependant aucun d’eux ne peut dire comment il les a acquis. La seule chose qu’ils savent c’est qu’ils ont continué à agir comme des guerriers et qu’à un moment donné tout a changé."
" L’expérience véritable est d’être un homme, et ce qui compte c’est d’être en vie; le petit détour que nous sommes en train de prendre maintenant, c’est la vie. La vie en soi est suffisante, elle s’explique de soi-même et elle forme un tout. Un guerrier comprend tout ça et vit en conséquence." 
Le guerrier agit en étant pleinement présent sans se laisser distraire par ses désirs et ses attentes. Il est dans une action portée par l’attention. Il agit avec entrain alors même qu’il a lâché prise. On peut agir tel un guerrier impeccable en s’impliquant pleinement dans chaque action. Peu importe le résultat, l’important est de donner le meilleur de soi-mêmeêtre totalement présent dans chacun de nos actes. Et en pratiquant cette impeccabilité dans chacun des actes de sa vie quotidienne, le chercheur de vérité reçoit des aides impersonnelles, qui émanent du vivant.

Et nous verrons plus clairement le chemin à suivre avec la conférence sur Pluton.
Les paroles de Carlos Castaneda sont extraites de Histoires de pouvoir.

dimanche 3 mars 2019

Le mât et la luciole



Pour rester encore un peu en vacances, voici une petite histoire, racontée par Jean-Claude Carrière dans Le cercle des menteurs.

L'arbre le plus haut

Dans cette histoire, qui nous vient du Vietnam, un voyageur parle des merveilles qui l'ont ébloui.
_ Dans un port lointain, dit-il, j'ai vu un bateau. Il était si vaste qu'un jeune mousse, partant de la poupe, arrivait à la proue avec des cheveux blancs.
Un de ceux qui l'écoutaient lui dit :
_ Ca n'a rien de très surprenant. Dans une forêt, non loin d'ici, je connais un arbre si haut qu'un oiseau doit voler pendant dix ans avant d'en atteindre la cime. 
_ Quel mensonge ! s'écria le voyageur ! Un arbre pareil n'existe pas.
_ Alors, demanda l'autre, avec quoi fait-on le mât de ton bateau ?


Et pour terminer, une petite phrase pour nous éclairer :

"Bien que la nuit soit humide,
La petite luciole s'aventure au-dehors
Et allume lentement la lumière."

Sukin


dimanche 24 février 2019

Atelier d'astrologie : Découvrir notre masculin

Bientôt un nouvel atelier d'astrologie !
Après la découverte du féminin en nous, Sylvie Lafuente Sampietro vous invite à venir découvrir le masculin en vous le 22 mars prochain.
Que nous soyons homme ou femme, la découverte de notre part masculine peut nous éclairer sur notre personnalité profonde.




Nous vous invitons donc à venir nous rejoindre le 22 mars à 19h15 !

L'atelier aura lieu au centre d'Astrologie, 1 rue Expilly à Grenoble.
Pour réserver, nous vous invitons à nous envoyer un mail pour préréserver votre place puis à nous envoyer votre règlement par courrier ou à le déposer au local pour une inscription définitive.
Nous espérons vous retrouver pour cet atelier passionnant.


dimanche 17 février 2019

Trois moines

Voyageons jusqu'en Himalaya à la rencontre improbable de trois moines.
Ce moment est extrait d'un livre de Christoph Ransmayr , voyageur et écrivain  allemand qui nous raconte ses voyages comme une multitude de rencontres et d'anecdotes dans tous les pays du monde.
Il affectionne particulièrement les récits de voyages à travers les montagnes du globe. Son livre s'intitule : "Atlas d'un homme inquiet".




L’arrivée

Je vis trois moines en train de marmonner dans une grotte surplombant un lac de montagne aux rives enneigées, à quatre mille mètres d’altitude, dans l’Ouest de l’Himalaya. Le vent soufflant en bourrasques avait poussé une longue langue de neige à l’intérieur de la grotte, jusque près du feu où les moines assis tout près les uns des autres balançaient le haut de leur corps au rythme de leurs interminables marmonnements incantatoires. Le froid faisait qu’on les entendait claquer des dents chaque fois qu’ils s’arrêtaient pour reprendre leur souffle au cours de la litanie répétitive d’un mantra. Leurs visages et leurs mains étaient barbouillés de noir de fumée, leurs cheveux retombant jusque sur les épaules, ébouriffés, également encroûtés de noir de fumée, et le rouge de leurs tuniques à peine reconnaissable sous une couche de crasse noirâtre. Les trois hommes devaient avoir à peine vingt ans, peut-être beaucoup moins. Le noir de fumée faisait qu’on ne pouvait se prononcer que très approximativement là-dessus. La grotte était si vaste que ses parois renvoyaient l’écho des craquements des branches dans les flammes. Un feu comme celui-ci ne suffisait pas à réchauffer pareil local.
Nous avions passé la nuit précédente dans un campement de semi-nomades qui attendaient dans des maisonnettes noircies de fumée que le printemps libère les cols et leur permette de transhumer avec leurs yaks jusqu’aux grands lacs salés et aux alpages tibétains. Dans les nuages de neige, là-bas, devant nous, à une journée de marche tout au plus, nous avait-on dit dans ce campement, nous trouverions le lac de Phoksundo ainsi qu’un village au bord du lac, un monastère aussi. Habité ? Abandonné ? Comme c’était le cas, en cette saison du moins, dans la plupart des cantonnements, nos hôtes ne savaient pas ce qui se passait hors de chez eux.



Après des heures d’ascension, ils arrivent au lac et à un village abandonné, lorsqu’ils aperçoivent une grotte loin au-dessus de la rive du lac. Après une ascension épuisante, les deux hommes y parviennent enfin.
Singulière apparition que celle de mon ami que je pus entrevoir soudain tout là-haut, à l’entrée de la grotte. Comme il paraissait petit, devant la gueule béante, noire. Il me fit signe mais ce qu’il me criait était couvert par les feulements du vent et je ne pus le comprendre. Lorsque j’atteignis enfin la grotte au prix d’un effort qui fit que j’entendais battre le sang dans ma tête, je le trouvai assis avec les moines, occupé à leur poser des questions dans une langue consistant en un mélange de bribes de népalais et de tibétain.
Impossible de savoir s’ils comprenaient ce qu’on leur demandait. Ils n’interrompaient pas leurs prières et ne cessèrent pas non plus de marmonner lorsque l’un d’eux se leva pour nous offrir du thé salé au beurre de yak, des racines séchées et de la tsampa, une farine grossière d’orge grillée à laquelle il ajouta_ en marmonnant de plus belle_ du beurre et du thé pour obtenir un mélange qu’il pétrit entre ses doigts jusqu’à obtenir une pâte grise.
Tandis que nous mangions et buvions, nos hôtes tâtaient nos vestes fourrées de duvet, nos guêtres, nos gants, soupesaient nos piolets, nos crampons, nos sacs à dos, visiblement admiratifs mais tout en continuant, sans s’interrompre à aucun moment, à réciter leurs mantras en claquant des dents.
Enfin délivré du poids de mon sac et des tourments de l’ascension, j’étais assis à côté de mon ami près du feu qui se consumait lentement. Trop fatigué pour retirer mes vêtements trempés de sueur, je m’étais enveloppé dans mon duvet comme dans une couverture et je laissai la braise me réchauffer.
Mon ami avait renoncé à toute tentative de questionner les moines en oraison. Assis à côté de moi, il les écoutait marmonner, muet, le regard fixé sur le feu. Le ciel hivernal délimité par l’ouverture de la grotte s’était peu à peu assombri. Les massifs enneigés qui s’élevaient ici à plus de six mille mètres par-dessus le miroir d’une mer infiniment lointaine étaient devenus des murs noirs au-dessus desquels une première étoile se mit à flamboyer…
Le feu était éteint. Des moines, on ne voyait plus que les silhouettes, des braises, la cendre blanche qui les recouvrait. Je me sentais à l’abri comme en ces temps révolus où l’on me portait au lit soir après soir : par une fente de la porte qu’on laissait entrouverte à cause de ma peur du noir, je voyais un rai de lumière et j’entendais chuchoter dans la pièce d’à côté les adultes qui me protégeaient. Lorsqu’une étincelle sauta de la cendre blanche comme neige et s’éteignit en vol dans l’obscurité froide de la grotte, je m’endormis. A présent, j’étais arrivé.




dimanche 10 février 2019

Ne retournez pas dormir

Deux poèmes de Rumî qui nous disent qu'il n'y a ni noir ni blanc, ni bon ni mauvais mais une unité qui se fait en nous et dans le monde autour de nous. Le jugement n'a pas de place et nous pouvons nous retrouver en ce lieu de sérénité où même la notion de l'autre n'a plus  sa place. Deux très beaux poèmes qui sont aussi des leçons de spiritualité.




"Ainsi l'être humain est une auberge.
Chaque matin, un nouvel arrivant.
Une joie, un découragement, une méchanceté,
une conscience passagère se présente,
comme un hôte qu'on n'attendait pas.

Accueille-les tous de bon cœur !

Même si c'est une foule de chagrins
qui saccage tout dans ta maison,
et la vide de ses meubles,
traite chaque invité avec honneur.
Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

L'idée noire, la honte, la malice,

accueille-les à ta porte avec le sourire
et invite-les à entrer.

Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent

car chacun est un guide
qui t'est envoyé de l'au-delà."


 "Au delà des idées des actes répréhensibles ou de bienséance,
il y a un champ. Je t’y rencontrerai.
Quand l’âme se couche dans cette herbe,
le monde est trop plein pour que l’on puisse en parler.
Les idées, le langage et même la phrase « l’un l’autre »
n’ont plus aucun sens.
La brise à l’aube a des secrets à vous raconter.
Ne retournez pas dormir.
Vous devez demander ce que vous désirez vraiment.
Ne retournez pas dormir.
Les gens vont et viennent par le seuil
où les deux mondes se touchent.
La porte est ronde et ouverte.
Ne retournez pas dormir.»


Poèmes extraits de : The essential Rumî.




dimanche 3 février 2019

Silence et vacuité


La vacuité est une notion très importante du bouddhisme que nous avons souvent du mal à saisir.
voici ce qu'en dit un maître tibétain, dont les propos sont rapportés par Matthieu Ricard : 




Dilgo Khyentsé Rinpotché, l'un des plus grands maîtres tibétains du XX è siècle aborde le concept bouddhiste de la vacuité:
Lorsqu'un arc-en-ciel apparaît, lumineux dans le ciel, vous pouvez contempler ses belles couleurs, mais vous ne pouvez l'attraper et le porter comme un vêtement. L'arc-en-ciel naît de la conjonction de différents facteurs, mais rien en lui ne peut être saisi. Il en va de même pour les pensées. Elles se manifestent dans l'esprit, mais elles sont dépourvues de réalité tangible ou de solidité intrinsèque. Aucune raison logique ne justifie donc que les pensées — qui sont insubstantielles — disposent de tant de pouvoir sur vous, aucune raison pour que vous en soyez l'esclave.

L'infinie succession de pensées passées, présentes et futures, nous conduit à penser qu'il existe quelque chose qui serait là de manière inhérente et permanente. Nous appelons cela l'esprit. Mais en fait, les pensées passées sont aussi mortes que des cadavres, et les pensées futures ne sont pas encore survenues. Alors, comment ces deux catégories de pensées qui n'existent pas pourraient-elles constituer une entité qui, elle, serait existante ? Et comment la pensée présente pourrait-elle s'appuyer sur deux choses inexistantes ?

Cependant, la vacuité des pensées n'est pas simplement du vide, comme on pourrait le dire de l'espace. Il y a là, présente, une conscience spontanée, une clarté comparable à celle du soleil qui éclaire les paysages et permet de voir les montagnes, les chemins et les précipices.

Bien que l'esprit soit doué de cette conscience intrinsèque, affirmer qu'il y a un esprit, c'est apposer l'étiquette de réalité sur quelque chose qui n'en a pas, c'est énoncer l'existence d'une chose qui n'est qu'un nom donné à une succession d'événements. On peut appeler ‟collier ”l'objet constitué par des perles enfilées, mais ce ‟ collier ” n'est pas une entité douée d'une existence intrinsèque. Quand le fil casse, où est le collier ?

Dilgo Khyentsé Rinpotché, Au coeur de la compassion





Cette notion se retrouve dans le nouveau livre de Thierry Janssen : Ecouter le silence à l'intérieur.
Il parle de son expérience de perception du silence :
"Le silence à l'intérieur, tout au fond, à l'arrière-fond. Le silence qui est toujours là, au-delà de la confusion des sensations, au-delà de la perturbation des émotions, au-delà de l'agitation des pensées. Le silence essence de la présence, noyau de la conscience. Le silence source de tout, nature ultime de tout, qui est dans tout, qui contient tout. Le silence origine de la vie, espace de la création, lieu de toutes les manifestations."
Il a, avec la perception de ce silence, la certitude d'avoir atteint la "pure conscience", qui est "pure présence silencieuse, paisible et aimante."

"Cela m'a permis de comprendre que la pure conscience est vacuité dans le sens où, en elle, tout apparaît et tout disparaît dans une suite  ininterrompue de phénomènes reliés les uns aux autres."
"J'ai senti au plus profond que la pure conscience est un état de liberté où tout peut être créé."

Et la vacuité n'est pas le vide, comme certains le croient, mais un espace qui s'ouvre dans le silence à partir duquel tout peut être créé.




Ce livre est éclairant sur ce vers quoi peut nous amener la méditation. En ne niant pas que la pratique à long terme est indispensable, Thierry Janssen nous donne quelques clés pour aller chercher en nous ce silence intérieur, source de joie, et d'accueil inconditionnel.