lundi 16 mai 2022

Sagesse

Revenons cette semaine à nos contes. En voici un plein de sagesse et qui prône l'humilité joyeuse. Ce n'est pas si courant, alors profitons de cet instant de lecture !



Le sage

Il était une fois un vieillard centenaire. Cet homme avait deux fils. Tous les trois habitaient une cabane bancale au fond d'une ruelle, entre les derniers murs du faubourg et la cité des ordures. Ils étaient misérables et mécontents de vivre.

Un soir, les deux frères revinrent à leur masure sans le moindre croûton, sans la moindre salade, sans le moindre bâton de réglisse à rogner. Ils s'assirent par terre et restèrent la tête basse à écouter les bruits de leurs estomacs vides. Leur père s'attabla devant son bol empli de crépuscule, réfléchit longuement, et dit enfin : 

_ Mes enfants, j'ai très faim.

Les deux garçons grognèrent. Une mouche vint bourdonner autour d'eux, explora leurs oreilles et le bout de leur nez, s'en retourna dehors par la lucarne. Le vieillard marmonna :

_ Je déteste avoir faim. Plus encore, mes fils, je déteste vous voir maigres et guenilleux.

Tous les trois à l'unisson poussèrent un soupir à fendre le cœur de la lune. Un chien hurla au loin.

_ Mes enfants, vendez-moi, dit enfin le vieil homme.

Les fils pensèrent : "Il est devenu fou." Le père leur jeta un coup d'oeil pointu et poursuivit tranquillement son idée droite.

_ Menez moi au marché, posez-moi sur une couverture et mettez à mon cou un écriteau sur lequel , proprement, vous écrirez ces mots : "Sage à vendre, bon prix." J'ai en tête des trésors de conseils,  de bon sens, des réponses qui n'ont jamais servi. Mon acheteur pourra me consulter sur tout. Je serai le remède à ses perplexités. Par ailleurs, à mon âge, mon entretien ne lui coûtera guère. Je m'habille d'un rien, je ne mange pas plus qu'un vieux chat, assis, debout, couché, je m'endors n'importe où. A bien y réfléchir, je suis une excellente affaire. C'est dit. Vous me vendrez. Avec l'argent gagné vous pourrez vivre à votre aise, pour peu que vous sachiez l'investir comme il faut. Pour l'heure, bonne nuit. 

 Il s'endormit assis.

Le lendemain matin, la volonté d'un père étant indiscutable, les deux frères amenèrent le leur au marché. Un négociant fortuné trouva l'offre plaisante. Il se paya le vieillard pour mille dinars d'or. Avoir dans sa maison un sage centenaire valait bien ce prix, selon son sentiment. Il le mena chez lui sur un âne loué et le fit déposer dans une chambre vide, au fond de sa maison. Il voulut éprouver sur le champ ses talents. 

_ La paix sur toi, dit-il. Vieux père, j'ai besoin d'un conseil. Goûte ce miel. J'ai l'intention d'en acheter quelques milliers de pots. Est-il de bonne fleur ?

Le vieil homme flaira, risqua sa langue, inspira un grand coup et répondit :

_ Seigneur, il est agréable au palais, mais je crains qu'il ne soit pas bien satisfaisant. Il est fait d'un pollen qui sent la mort humaine. 

_ Tu n'as fait que goûter, s'étonna le marchand. Comment peux-tu savoir cela ?

_ Seigneur, apprends ceci : le savoir est l'époux, la saveur est l'épouse et leur fille est la vérité.

_ J'ai des doutes, répondit l'autre.

Il alla visiter le maître des abeilles. Il lui demanda où ses ruches étaient plantées. L'homme lui désigna un bosquet d'oliviers proche d'un mur de cimetière. Le marchand, émerveillé, s'en retourna en hâte, prit l'aïeul dans ses bras. 

_ Ô sage, lui dit-il. Ô ornement majeur de ma demeure ! 

_ Seigneur, lui répondit le vieux. Dieu me garde d'être ce que vous dites. Je ne veux pas orner. Je veux, si c'est possible, être parfois utile. servez-vous donc de moi, ou laissez-moi en paix.

_ Vieillard, dit le marchand, ces paroles sont si pertinentes qu'elles valent bien un dîner royal ! 

Il lui fit servir un repas de pain tendre et de mouton rôti.

Aux premiers jours d'été, il revint le voir. 

_ Que puis-je pour toi, seigneur ? lui demanda le sage. 

_ Ecarte le rideau et regarde dehors. Que vois-tu ?

_ Un jardin. De beaux arbres.

_ Et que vois-tu encore ?

_ Une jument, seigneur. Sa crinière est superbe, ses membres sont fins. Elle est de belle race. 

_ J'aimerais l'acheter.

_ Tu aurais tort, seigneur. Elle est née d'une mère au bord du retour d''âge.

Le marchand protesta. 

_ Vieillard, c'est impossible !

Il courut interroger le vendeur de la bête. Le sage avait bien vu. Son maître s'en revint. 

_ Merci, grand-père, dit-il, tout ébloui. Ton œil voit l'invisible. Je t'offre un supplément de pain et de mouton. 

Le vieillard soupira : 

_ Seigneur, n'as-tu rien d'autre ?

Aux premiers temps d'automne il se fit un matin grand bruit dans la maison. Assis sur son tapis le vieux sage écouta, ferma les yeux et sourit. Son maître en beaux habits vint joyeusement lui souhaiter le bonjour.

_ Je me marie, dit-il. Ecoute comme on chante ! Père sage, je veux te présenter la reine de ce jour, ma fiancée bien-aimée. Approche, ma gazelle. Grand-père, franchement, comment la trouves-tu ?

_ Elle est belle, seigneur, c'est l'évidence. Je ne peux dire plus. 

_ Tu m'as l'air réticent, répondit l'autre, l'œil inquiet. N'oublie pas : tu me dois la vérité entière. 

_ Je te la dois, hélas. Donc il me faut parler. Voici : ta gazelle a pour mère une putain notoire.

_ Qu'oses-tu dire là ? Son grand-père était prince !

_ Vérifie, répondit le sage.

Le presque marié sortit en grande hâte. Il revint déconfit. Le vieil homme, ce soir-là, dîna de pain et de mouton.

Une semaine après ce jour ses fils le visitèrent. Les mille dinars d'or de la vente du sage avaient changé leur vie. Ils avaient acheté une épicerie fine.

_ Père, es-tu heureux ? Ton maître est-il honnête ?

_ Il l'est, mes fils. Il me soigne. Il m'honore. Chaque fois que je lui donne un conseil judicieux il me fait porter un dîner de pain tendre et de mouton rôti. Je lui en suis reconnaissant, car c'est le seul cadeau qui soit à sa mesure. Que pourrait offrir de mieux le fils d'un rôtisseur et d'une boulangère ?

Comme il parlait ainsi, le maître de maison passait dans le couloir. Il entendit, rougit, fuma par les oreilles et faillit exploser. "Malheur ! se dit-il. Est-il possible que je sois un enfant du bas-peuple ?"

il courut chez sa mère (une sœur du sultan). Dès qu'il fut devant elle :

_ Qui suis-je, lui dit-il ?

_ Mon fils, répondit-elle, je dois me confesser, puisque tu le demandes. Au temps de ma jeunesse, je ne pouvais donner un garçon à ton père. Je m'en désespérais, et lui n'en dormait plus. Nous t'avons acheté pour mille dinars d'or à une boulangère qui venait d'accoucher. Son mari, autant qu'il m'en souvienne, était un rôtisseur de la rue des Cuisines.

_ Acheté, ma mère ? Pour mille dinars d'or ? Ô vérité ! Il partit d'un grand rire.

A peine de retour dans sa maison, il s'en fut embrasser son Père de Sagesse, mais ne put dire un mot. Il riait trop.

_Tu as enfin appris l'humilité joyeuse et tu sais qui tu es, lui dit le sage. Tu n'as plus désormais besoin de mes services. Donc adieu. Je vais aider mes garçons à l'épicerie fine. Ils ont besoin de moi. Ils vendent de ce miel qui sent le cimetière. Ô travail infini !

Il sortit, s'étira au soleil du jardin, et du pas mesuré d'un centenaire vert il s'en fut sous les arbres.


Ce conte est rapporté par Henri Gougaud dans "l'arbre d'amour et de sagesse"

mardi 10 mai 2022

Profitons de la nature rayonnante

 



Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,

Viens ! ne te lasse pas de mêler à ton âme

La campagne, les bois, les ombrages charmants,

Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,

Le sentier qui finit où le chemin commence,

Et l'air et le printemps et l'horizon immense,

L'horizon que ce monde attache humble et joyeux

Comme une lèvre au bas de la robe des cieux !

Viens ! et que le regard des pudiques étoiles

Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,

Que l'arbre pénétré de parfums et de chants,

Que le souffle embrasé de midi dans les champs,

Et l'ombre et le soleil et l'onde et la verdure,

Et le rayonnement de toute la nature

Fassent épanouir, comme une double fleur,

La beauté sur ton front et l'amour dans ton cœur !"


Victor Hugo (Les chants du crépuscule)



mardi 3 mai 2022

L'imaginal à nouveau

 Parlons à nouveau de ce monde invisible que nous évoquions dans le précédent article. Les symboles sont une des clés du passage d'un monde à l'autre. 

"Image visible de l'invisible, le symbole représente un concept ou une idée que l'individu ne peut définir ou comprendre pleinement par sa raison mais qui parle à son inconscient. En somme, le symbole est une représentation qui fait sens." (Frédéric Lenoir / Jung, un chemin vers soi).


Joseph de Maistre : "Tout se rapporte dans ce monde que nous voyons à un autre monde que nous ne voyons pas. Nous vivons au milieu d'un système de choses invisibles manifestées visiblement."

Baudelaire est un des poètes dits symbolistes, il évoque d'ailleurs les symboles dans ce poème :

Correspondances


La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


       Charles Baudelaire, Les fleurs du mal




Nous sommes sans cesse dans un dialogue entre les deux mondes, que nous le ressentions ou pas.

 le visible ne suffit pas pour comprendre ce qui est vu.

[...] le visible ne s’interprète qu’en référant à l’invisible. »

Pascal Quignard. Sur le jadis.


Le pont entre les deux mondes peut se faire de différentes manières, le symbole est l'une d'entre elles.

lundi 25 avril 2022

L'autre côté



La pensée de Jung a vraiment transformé notre façon d'imaginer le monde. Il existe un autre côté du monde, non perceptible directement par nos sens, mais qui a néanmoins une réalité profonde, voici ce qu'il nous disait dans ce petit texte extrait de L'âme et la vie :

"Il nous faut nous arrêter à cette crainte que nous, les occidentaux, entretenons à l'égard de l'autre côté. Il nous faut en effet nous avouer, en faisant abstraction du fait même qu'elle ait une réalité existante, qu'elle n'est pas dénuée de tout fondement. Nous n'avons aucune difficulté à comprendre la peur de l'enfant ou du primitif devant les mystères du vaste monde. Or, c'est la même peur que nous éprouvons sur le versant intérieur de notre être, où nous sommes encore pareils à des enfants balbutiants.

Ainsi, cette angoisse de l'autre côté, nous l'éprouvons comme une émotion, comme un affect, sans nous douter qu'elle est la peur d'un monde, monde qui nous demeure invisible. Envers ce dernier, nous avons tout au plus de simples préjugés théoriques, ou des représentations superstitieuses. Notre situation n'est vraiment pas enviable. Ainsi, nous ne pouvons même pas prononcer le terme d'inconscient devant certaines personnes, fussent-elles cultivées, sans nous voir aussitôt accuser de mysticisme. Or, il faut bien avouer que la peur de l'autre côté est fondée dans la mesure où notre conception rationnelle des choses avec ses sécurités morales et scientifiques auxquelles on s'accroche avec tant de passion, précisément parce qu'elles sont douteuses, se trouvent ébranlées par les données qui viennent de l'autre côté."

L'âme et la vie 'Jung)



Et qui plus est, la force de l'expérience intérieure nous permet de nous distinguer de l'ensemble des autre êtres qui nous entourent  et de nous affirmer : 

L'homme qui n'est pas ancré dans le divin n'est pas en état de résister, par la seule vertu de son opinion personnelle, à la puissance physique et morale qui émane du monde extérieur. Pour s'affirmer en face de ce dernier, l'homme a besoin de l'évidence de son expérience intérieure, de son vécu transcendant, qui seuls peuvent lui épargner l'inévitable glissement dans la masse collective."

Présent et avenir(Jung)

Pour lui, "L'humanité souffre d'une immense carence introspective."

Ne soyons pas pessimistes : un bout de chemin a déjà été accompli grâce à lui.



lundi 18 avril 2022

Force ou souplesse

Ne pas utiliser la force est un des grands principes des arts martiaux. Voici une histoire qui raconte comment un maître s'est converti :



Le cœur de saule

Le médecin Shirobei Akyama était parti en Chine pour étudier la médecine, l'acupuncture et quelques prise de Shuai-Chiao, la lutte chinoise.
De retour au Japon, il s'installe près de Nagasaki et se met à enseigner ce qu'il avait appris. Pour lutter contre la maladie, il emploie de puissants remèdes. Dans sa pratique de la lutte il utilise beaucoup sa force. Mais devant une maladie délicate ou trop forte, ses remèdes sont sans effets. Contre un adversaire trop puissant, ses techniques restent inefficaces. Un à un ses élèves l'abandonnent. Shirobei, découragé, remet en question les principes de sa méthode. Pour y voir plus clair, il décide de se retirer dans un petit temple et de s'imposer une méditation de cent jours. 
Pendant ses heures de méditation, il bute contre la même question, sans pouvoir y répondre :"Opposer la force à la force n'est pas une solution car la force est battue par une force plus forte. Alors, comment faire ?"
Or un matin, dans le jardin du temple où il se promène, alors qu'il neige, il reçoit enfin la réponse tant attendue : après avoir entendu les craquement d'une branche de cerisier qui cassa net sous le poids de la neige, il aperçoit un saule au bord de la rivière. Les branches souples du saule ploient sous la neige jusqu'à ce qu'elles se libèrent de leur fardeau. Elles reprennent alors leur place, intactes.
Cette vision illumine Shirobei. Il redécouvre les grands principes du Tao. Les sentences de Lao-Tseu lui reviennent en tête :

Qui se plie sera redressé
Qui s'incline restera entier

Rien n'est plus souple que l'eau
Mais pour vaincre le dur et le rigide
Rien ne la surpasse

La rigidité conduit à la mort
La souplesse conduit à la vie 

le médecin de Nagasaki réforme complètement son enseignement qui prend alors le nom de Yoshinryu, l'école du cœur de saule, l'art de la souplesse, qu'il apprendra à de nombreux élèves."



Dans le même esprit, voici une énigme de Wang Chung Yueh :

"Lorsqu'un vieillard  déplace un poids énorme ou résiste avec succès à plusieurs jeunes gens, ce n'est évidemment pas une affaire de force; et comment cela peut-il se faire grâce à la rapidité ?"




Intéressante remarque qui donne à réfléchir. 
L'histoire du cœur de saule a son pendant en France avec la fable du chêne et du roseau de La Fontaine.
Comme quoi, nous avons là un principe universel qui mériterait d'être rappelé !



lundi 11 avril 2022

Lion tout puissant

 


Une fable sur le pouvoir et et l'entourage du pouvoir : nous sommes dans l'actualité.  Avec une morale toujours valable pour les souverains d'aujourd'hui.



La Cour du Lion


Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître
De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L'écrit portait
Qu'un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l'ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre ! Un vrai charnier, dont l'odeur se porta
D'abord au nez des gens. L'Ours boucha sa narine :
Il se fût bien passé de faire cette mine,
Sa grimace déplut. Le Monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :
Il n'était ambre, il n'était fleur,
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encore punie.
Ce Monseigneur du Lion-là
Fut parent de Caligula.
Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,
Que sens-tu ? Dis-le-moi : parle sans déguiser.
L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire
Sans odorat ; bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement :
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

Jean de La Fontaine. Livre VII



mardi 5 avril 2022

Fin de Rimbaud


 Je reviens sur le livre de Sylvian Tesson : Un été avec Rimbaud. Voici sa conclusion qui résume la vie du poète mais aussi un peu la nôtre :

"Les soirs de tristesse, je vous donne l'amical conseil de penser à Rimbaud qui ne sut pas sa chance de pouvoir marcher debout. Oui, Arthur, tu aurais dû emporter Les contemplations de Hugo avec toi à Aden. Elles existaient. Le vieux génie à barbe blanche dont tu te moquais un peu quand tu n'étais pas sérieux et que tu avais dix-sept ans - et que tu le trouvais trop cabochard - l'avait compris avant toi. La vie est terrible, elle passe, on la croit longue. Un jour on regrettera de ne pas l'avoir davantage aimée.


Hugo :

Tout vient et passe; on est en deuil, on est en fête;

On arrive, on recule, on lutte avec effort ...-

Puis, le vaste et profond silence de la mort !

Toi, tu as choisi d'aller vite, tu as fait la météorite. Tu n'aurais pas dû manquer si désinvoltement ton unique matinée de printemps ! Et à présent tu vas mourir, et tu écris à ta sœur : "J'irai sous la terre et toi, tu marcheras sous le soleil !"( 4 octobre 1891, lettre d'Isabelle à sa mère). 

L'enfer, Arthur, c'est de laisser passer sa saison.

Les illuminations, c'est quand on l'a compris. 

"Trop tard", dit la vie en souriant.