lundi 12 avril 2021

Hier et demain


 

Les souvenirs et l'espoir du futur : les deux se mêlent en nous et forment le dessin de notre monde personnel.

J'aime beaucoup cette pensée de Marcel Proust. Elle reflète à la fois son œuvre et la fragilité du monde des souvenirs, leur monde vivant à l'intérieur de nous :

« Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »
Marcel Proust. A la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann.




Dans le monde des souvenirs, plus que l'odeur et la saveur, souvent la lumière revient, présente ou effacée :
« Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé. »
Patrick Modiano. Dora Bruder.


Cette lumière qui nous suit est intemporelle. Elle nous habite , c'est la couleur du temps passé :

« Etait-ce hier ou il y a un siècle ?
Les étoiles, brillant à la surface du miroir de l’étang, rendent la question futile. Parce que leur lumière enjambe le temps, la mort, l’éternité. »
Eva Figes. Lumière.

Et voici que derrière la lumière éternelle surgit la mélodie de l'espoir :

« L’Espoir » est la chose avec des plumes –
Qui est perchée dans l’âme –
Et qui chante la mélodie sans les paroles –
Et jamais ne s’arrête – jamais –
Et qui est la plus douce – quand on l’entend – dans la Tempête – »
Emily Dickinson. « Hope » is the thing with feathers.

Et malgré tout, et nous le mesurons aujourd'hui, l'odeur, la saveur, la lumière et la mélodie ne sont rien sans ce lien qui nous touche :

« Comment imaginer ce que seraient nos vies sans l’illumination de la vie des autres ? »
James Salter. Un bonheur parfait.

dimanche 4 avril 2021

Conférence d'astrologie mondiale 2021


Sylvie Lafuente Sampietro a décidé une nouvelle fois cette année de mettre à la disposition de tous sa conférence d'astrologie mondiale pour l'année 2021.

Vous pouvez la regarder sur sa chaîne Youtube  :

Vous y trouverez la vidéo complète avec la possibilité de ne regarder que les parties qui vous intéressent, grâce au chapitrage correspondant au plan de la conférence :
Introduction
Plan de la conférence :
I. Les positions planétaires de l'année
II. S'organiser et créer dans le chaos-Les conjonctions suite
III. Niveaux de vécus de Pluton, Saturne et Jupiter
IV. La conjonction Jupiter Saturne
V. Crise de conscience et réorientation
VI. Uranus et Jupiter carré décroissant
VII. Uranus et Saturne carré décroissant
VIII. Neptune et Saturne sesquicarré décroissant
Synthèse et conclusion



Voici également le texte de présentation de la conférence, un peu plus détaillé que celui présenté précédemment. Il pourra vous aider dans la compréhension des enjeux de cette année 2021.

Cette conférence a pour objectif de vous permettre de mieux comprendre la mutation du monde et de nos sociétés à travers une prise de recul sur l’actualité et une compréhension des cycles que l’humanité vit. Elle est un apport personnel pour la gestion de votre année 2021, elle vous donnera des clefs pour saisir ce qui se passe dans votre vie et une prise de conscience des cycles qui sont à l’œuvre.

L’année 2021 est un temps puissant de créativité pour inventer une nouvelle organisation du monde de façon très pragmatique. En toile de fond, les grands cycles propulsent l’humanité dans une dynamique d’évolution incroyable. Ils sont tous en phase de croissance. Pluton/Neptune (cycle de 494 ans) a débuté en 1892, c’est la mutation de nos croyances fondamentales, il est en phase d’organisation pratique (le sextile). Pluton/Uranus (cycle de 139 ans) a débuté en 1966, il gère les révolutions technologiques et se trouve en pleine phase d’application (suite du carré). Uranus/Neptune (cycle de 171 ans) a débuté en 1993, il s’occupe des mutations idéologiques et religieuses et il est en phase d’émergence (suite du semicarré).
Ceci génère une mutation radicale de nos modes de vie, de pensée et des équilibres économiques et politiques. Cette année 2021 va nous propulser vers une redéfinition du monde sur le plan des forces territoriales et politiques. C’est une révolution écologique et économique qui est en route. Les structures sociales et politiques vont être soumises à une force de renouveau.

C’est la suite des trois grandes conjonctions de 2020 (Pluton/Saturne, Pluton/Jupiter, Saturne/Jupiter) dans les signes du Capricorne et du Verseau. C’est un temps créatif et d’ensemencement du futur. C’est aussi un espace de liberté, car nous choisissons à ce moment là ce qui va se développer dans l’avenir. Revenir à l’essentiel et à ce qui est durable est une clé de réussite de cette mutation.

Nous allons traverser une crise de conscience majeure à propos du libéralisme, de nos libertés individuelles et de la gestion des ressources. Le cycle d’Uranus/Saturne qui a débuté en 1988 arrive à son carré décroissant. C’est le temps d’agir pour la gestion de nos ressources écologiques et économiques. Il se peut que la terre et la nature nous donnent quelques coups de pouce. Nous devrons lâcher prise à d’anciennes idéologies ou croyances devenues caduques (Semi carré décroissant de Saturne à Neptune).



Sur le plan mondial, il s’agit d’une mutation des rapports de pouvoir et de force et d’une révolution dans la gestion des ressources et des finances. Sur le plan sociétal, il s’agit d’avancer dans la recréation de nos institutions, dans l’innovation et la réorganisation des entreprises, dans la création de nouvelles organisations et communautés. Sur le plan personnel, il s’agit de saisir les mutations en jeu pour organiser notre vie en fonction de nos valeurs les plus authentiques. Choisir avec soin ce que nous désirons cultiver dans nos vies, savoir lâcher ce qui ne fait plus sens et utiliser notre espace de liberté pour créer de nouveaux modèles d’existence. Nous verrons émerger de plus en plus de communautés porteuses de valeurs diverses, nous devrons choisir avec qui nous voulons évoluer et grandir.

Comment cerner notre rayon d’action et avancer dans le temps du chaos créatif ? Comment rester ancré face à la multitude d’informations et à sa manipulation ? Comment canaliser le sentiment d’insécurité ? Comment se définir par rapport à la liberté individuelle et collective ? Comment s’intégrer dans la révolution écologique et la réorientation économique ? Comment se saisir de l’opportunité du renouveau et de la réorientation ?



Nous espérons que la découverte des enjeux de l'année 2021 vous aidera à mieux comprendre notre monde actuel et vous permettra de mieux gérer votre vie en accord avec les rythmes du cosmos.

dimanche 28 mars 2021

Un conte soufi

 Voici un conte soufi extrait du Mesnevi de Rumî, j'espère qu'il vous plaira. 



Le chameau perdu

Au moment où la caravane est arrivée pour faire étape, tu as égaré ton chameau. Tu le cherches partout. Finalement, la caravane repart sans toi et la nuit tombe. Tout ton chargement est resté à terre et tu demandes à chacun :

"Avez-vous vu mon chameau ?"

Tu ajoutes même :

"Je donnerai une récompense à qui me donnera des nouvelles de mon chameau."


Et tout le monde de se moquer de toi. L'un dit :

"Je viens de voir un chameau roux et bien gras. Il est parti dans cette direction."

Un autre :

"Ton chameau n'avait-il pas une oreille déchirée ?"

Un autre :

"N'avait-il pas un tapis brodé sur la selle ?"

Un autre encore :

"J'ai vu partir par là un chameau à l'œil crevé!"

Ainsi tout le monde te donne un signalement de ton chameau dans l'espoir de profiter de tes largesses.

Sur le chemin de la Connaissance, nombreux sont ceux qui évoquent les attributs de l'Inconnu. Mais toi, tu ne sais pas où est ton chameau, tu reconnais la fausseté de tous ces indices. Tu rencontres même des gens pour te dire :

"Moi aussi j'ai perdu mon chameau ! Cherchons ensemble !"

Et quand enfin vient quelqu'un qui te décrit vraiment ton chameau, ta joie ne connaît pas de bornes et tu fais de cet homme ton guide pour retrouver ton chameau.


Le Mesnevi de Rumî est un ensemble de contes inspirés de la vie quotidienne, de la tradition,  mais aussi des sourates du Coran pour délivrer une sagesse universelle accessible à tous. Ces contes soufis ont été écrits au XIIIe siècle.



dimanche 21 mars 2021

Paroles d'espoir

Je voulais vous parler de ce triste anniversaire de l'épidémie qui nous occupe tous. Je voulais faire la liste de ce que nous avons appris depuis un an de cette vie sous contrainte. Et puis, après avoir regardé la grande librairie qui évoquait la poésie et les contes, j'ai compris que c'est la poésie qui nous maintient vivants et pleins d'espoir.
J'ai donc réuni quelques paroles d'espoir pour ce début de printemps.


La voix


Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles.
Une voix, comme un tambour, voilée,
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.

Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau
Elle ne parle que d’été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ?
Elle dit « La peine sera de courte durée. »
Elle dit « La belle saison est proche »

Ne l’entendez-vous pas ?

Robert Desnos


Tout est un,
La vague et la perle,
La mer et la pierre.
Rien de ce qui existe en ce monde,
N’est en dehors de toi,
Cherche bien en toi-même
Ce que tu veux être,
Puisque tu es tout.
L’histoire entière du monde
Sommeille en chacun de nous.

Rumî




Génies
éteints dans les larmes,
cœurs méconnus,
enfants désavoués,
proscrits innocents,
vous tous
qui êtes entrés dans la vie
par ses déserts,
vous qui partout avez trouvé
les visages froids,
les cœurs fermés,
les oreilles closes,
ne vous plaignez jamais !
Vous seuls pouvez connaître
l'infini de la joie
au moment où pour vous
un cœur s'ouvre,
une oreille vous écoute,
un regard vous répond.

Un Seul jour efface
les mauvais jours...

Honoré de Balzac




Si vous vous accrochez à la nature,
A ce qu’il y a de simple en elle, de petit,
A quoi presque personne ne prend garde,
Qui, tout à coup, devient l’infiniment grand,
L’incommensurable,
Si vous étendez votre amour
A tout ce qui est,
Si très humblement vous cherchez à gagner en serviteur
La confiance de ce qui semble misérable,
Alors tout vous semblera plus harmonieux
Et, pour ainsi dire, plus conciliant.

Rainer Maria Rilke



dimanche 14 mars 2021

Pensées pour notre monde


 Un retour vers le passé difficile des camps de concentration mais avec le message d'espoir et de paix d'Etty Hillesum, voilà ce que je vous propose cette semaine.

Les camps ont été pour Etty Hillesum le lieu de son élévation spirituelle et on ne peut qu'être subjugué par la force des pensées qu'elle exprime dans son journal et dans ses lettres.

En voici quelques-unes, elles nous parlent aujourd'hui encore d'un monde de paix et d'acceptation des autres.

"L'éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l'accepter comme partie intégrante de la vie, c'est élargir cette vie. A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela semble un paradoxe : en excluant la mort de sa vie, on se prive d'une vie complète, et en l'accueillant on élargit et on enrichit sa vie."



"Il faut apprendre à vivre avec soi-même comme une foule de gens. On découvre alors en soi tous les bons et les mauvais côtés de l'humanité. Il faut d'abord apprendre à se pardonner ses défauts si l'on veut pardonner aux autres. C'est peut-être l'un des apprentissages les plus difficiles pour un être humain, je le constate bien souvent chez les autres (et autrefois je pouvais l'observer sur moi-même aussi, mais plus maintenant), que celui du pardon de ses propres erreurs, de ses propres fautes. La condition première en est de pouvoir accepter, et accepter généreusement, le fait même de commettre des fautes et des erreurs."



"Notre unique obligation morale, c'est de défricher en nous-même de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu'à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition."



"La vie est si curieuse, si surprenante, si nuancée, et chaque tournant du chemin nous découvre une vue entièrement nouvelle. La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie, or il faut s'affranchir intérieurement de tout, de toutes les représentations convenues, de tous les slogans, de toutes les idées sécurisantes, il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toute norme et de tout critère conventionnel, il faut oser faire le grand bon dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse."



dimanche 7 mars 2021

Chassez le surnaturel !



 J'adore ce poème ! Tout y est réussi : le rythme, la musique, le surnaturel. Il nous prend et nous tient en haleine puis nous relâche, doucement, sur la rive de la nuit. J'en admire la composition, très originale. On se fait peur et on revient au silence.



Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche.
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo



dimanche 28 février 2021

Couleurs des jours


Couleurs d'espoir comme le poème de Paul Eluard, sourire de la vie contre la morosité et les jours monotones... Célébrer le printemps et la vie qui renaît, la vie à partager.


La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard





    Oh les beaux jours ! Les voici qui reviennent  avec toutes leurs couleurs joyeuses.

dimanche 21 février 2021

Etre assez courageux

                   

J'ai retrouvé dans un cahier ces citations de Rainer Maria Rilke que j'avais notées au cours d'un stage.

Elles sont pour moi toujours aussi puissantes et j'aimerais en avoir écouté les messages plus souvent...

"Nous devons accepter notre existence aussi loin qu'elle puisse aller; tout, même l'inouï doit y être possible. C'est là au fond le seul courage que l'on exige de nous : être assez courageux pour accueillir ce qui peut venir à notre rencontre de plus étrange, de plus extravagant, de plus inexplicable."



Et voici le résultat de ce courage :

"Hommes, levez les yeux !

Vous près du feu, là-bas, qui connaissez le ciel sans limite, 

interprètes des étoiles, venez !

Voyez, je suis un astre nouveau qui s'élève.

Tout mon être brûle et rayonne si fort,

si prodigieusement plein de lumière que le firmament

profond ne me suffit plus."



Et voici le poème qui parle directement à notre âme et même si l'on ne comprend pas toujours ce que disent les mots, la musique est là, qui dit tout :

"De tous ses yeux la créature
voit l’Ouvert. Seuls nos yeux
sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.
Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal. Car dès l’enfance
on nous retourne et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert, qui dans la vue
de l’animal est si profond. Libre de mort...
Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Extrait des Elegies de Duino - Rainer Maria Rilke


Terminons avec cette parole de Rumî qui nous dit la force du silence intérieur :

"Il y a une voix qui n'utilise pas de mots. 
Utilise-là."

dimanche 14 février 2021

La mort comme par enchantement

Jean-Claude Carrière nous a quittés... J'ai aussitôt ressorti "Le cercle des menteurs" pour retranscrire un conte qui nous parle de la mort.



Voici donc ce récit issu de la tradition arabe:

La danse de mort

Deux princes s'affrontèrent en une très rude bataille. L'un des deux, celui qui s'était soulevé contre l'autre, fut vaincu et traîné en captivité. Il savait qu'il devait avoir la tête tranchée, pour maintenir fermes les lois de l'empire. Cependant, comme il s'agissait d'un prince de haute lignée, le vainqueur l'installa magnifiquement dans l'un des palais et le fit traiter selon son rang. Serviteurs, musiciens, danseuses, s'empressaient autour de lui et sa captivité semblait une fortune. 



Mais le prince captif, qui savait qu'il allait mourir, gardait un visage triste au milieu des fêtes. Des semaines, des mois, passèrent ainsi, jusqu'au jour où le rebelle condamné fit parvenir un message au vainqueur en lui demandant comme une grâce une mort rapide.

Le lendemain, le vainqueur invita le vaincu dans son propre palais. Le repas, la musique et les danses apparurent incomparables à tous les convives_ sauf au captif qui gardait son visage triste et qui soudain s'écria :

_ Quand me donneras-tu la mort ?

_ Elle vient, répondit le vainqueur. Regarde, voici le premier de mes bourreaux.

Un homme superbe et masqué, qui tenait à la main droite un sabre étincelant, pénétra dans la grande salle et se mit à danser. Il dansait avec une force, avec une élégance extraordinaires. Son épée volait dans l'air avec grâce. Tous le regardaient avec fascination, tous, même le prince captif, auprès duquel le bourreau-danseur passa à plusieurs reprises.

La danse merveilleuse dura longtemps, jusqu'à ce que le captif, sortant de sa fascination, dise au prince vainqueur :

_ Mais combien de temps durera cette danse ? Quand me feras-tu trancher la tête ?

Le vainqueur lui répondit en souriant :

_ Mais ta tête est déjà tranchée. Penche-toi un peu en avant, tu verras, elle va tomber.





dimanche 31 janvier 2021

Quel monde ?

 Cette semaine, Bruno Latour était invité à la Grande Librairie et son discours est stimulant. Depuis pas mal d'années, il cherche à nous montrer comment avancer à travers la crise climatique. Son nouveau livre :" Où suis-je ?" continue à nous y confronter avec un cataclysme de plus : la pandémie de Covid 19. 


A la suite de l'émission, je vais lire son livre. Ces penseurs qui nous font réfléchir autrement nous apportent tellement  pour la compréhension de notre monde ! Il faut lire aussi son précédent livre : "Où atterrir ?" écrit avant la pandémie. Nous sommes à un moment où nous pouvons définir le monde que nous voulons et si nos valeurs principales ne sont plus l'économie ou la croissance, nous aurons vraiment réussi une révolution ! 

En attendant mes impressions sur le livre, voici un article paru dans Telerama (écrit par Weronika Zarachowicz) :

En 2017, le philosophe, sociologue et anthropologue des sciences Bruno Latour publiait Où atterrir ?, percutant essai consacré au grand désarroi né de la mutation climatique. Où suis-je ?, son dernier opus, affiche un nouveau point d’interrogation, ainsi qu’une hypo­thèse : une pandémie plus tard, nous avons atterri, nous nous sommes même « crashés » à la faveur d’un confinement à répétition. L’épreuve est violente, mais elle offre aussi une « chance » d’y voir plus clair, nous assure-t-il dans ce « rapport d’après-crash… ». Comme « si le confinement imposé par le virus pouvait servir de modèle pour nous familiariser avec le confinement généralisé imposé par ce qu’on appelle d’un doux ­euphémisme la ‘‘crise écologique’’ » mais qui est bel et bien « une mutation cosmologique » : « tu n’as plus le même corps et tu ne te déplaces plus dans le même monde que tes parents ».



Voilà plusieurs décennies que ­Bruno Latour explore les contours du « nouveau régime climatique » au fil d’une œuvre majeure et profondément originale, empruntant les chemins de l’histoire des sciences, de la philosophie politique, de la théologie, des arts (notamment via le théâtre, avec Frédérique Aït-Touati). Où suis-je ? en reprend plusieurs axes en treize chapitres vivifiants et denses. Une fois de plus, il est ici question d’apprivoiser la métamorphose de nos conditions d’existence. Et de penser ce moment de notre histoire, tragiquement passionnant, semblable à ce que l’Occident vécut à la Renaissance, après Copernic et Newton. « Il a fallu tout reprendre : le droit, la politique, l’architecture, la poésie, la musique, l’administration, et bien sûr les sciences pour encaisser cette première métamorphose. Pour accepter que la Terre, devenue planète parmi d’autres, se mette à tourner. »

Cette fois, le défi ne consiste plus à aller de l’avant vers l’infini mais, au contraire, à « apprendre à reculer, à ­déboîter, devant le fini ». C’est, écrit Bruno Latour, « une autre manière de s’émanciper ». Comment ? On ne trouvera pas ici de désignation des rapports de force et de domination nés du capitalisme néolibéral, mais une expérience de pensée « métaphysique » face aux évidences du monde à l’ancienne qui nous désagrègent, nous et la Terre où nous vivons : un monde dominé par une vision binaire opposant société d’un côté, nature de l’autre (vue com­me décor et stock de ressources), et con­finé dans une « voie du progrès » indifférente au sort de la planète. Dans ce texte aux accents souvent intimes, ­Latour nous invite à « tâtonner », humblement mais fermement, en apprenant à renoncer à notre insouciance mais surtout à composer avec nos vul­né­rabilités, nos interdépendances, nos interactions (avec toutes sortes d’humains et non-humains, parfois ­situés à des milliers de kilomètres, par exemple quand les bouffées de méthane émanant de nos steaks saignants accélèrent la crise et contribuent aux inondations dans les Lan­des ou au Maroc…).


Car si nous sommes toujours sur la même Terre, nous en découvrons aujourd’hui un autre visage, qu’on le nomme « Gaïa » (concept développé par les scientifiques James Lovelock et Lynn Margulis, devenu central dans la pensée de Latour), « zone critique » ou « Terre ». Non plus seulement une planète tournant, parmi d’autres, autour du Soleil, mais « une entité singulière et complexe », pour reprendre le philosophe Patrice Maniglier dans un stimulant ouvrage collectif consacré à Latour (1) , et dont l’équilibre physico-chimique résulte de l’ensemble des formes de vie (humains, bactéries, moi­sissures, oiseaux ou arbres) et de leur inextricable réseau d’interactions. Alors, oui, il est grand temps de regarder cette chère vieille-nouvelle Terre en face, « pour ne pas devenir fou pour de bon ».


Voici aussi cette citation de Bruno Latour qui explique notre sidération pour le nouveau virus :
"L'apprentissage, c'est que le genre d'êtres avec lesquels nous sommes appelés à vivre, et à survivre, ressemblent davantage au Covid qu'à ceux que l'on imaginait avant, avec des bords bien clairs et qui ne réagissaient pas avec violence à nos actions, des "objets" au sens de la tradition. Je pense que c'est cela que nous sommes en train de vivre." Bruno Latour


dimanche 24 janvier 2021

Histoire simple

Décidément, les histoires zen m'attirent à elles en ce moment. Peut-être est-ce leur côté terre à terre et leur humour qui me paraissent si sympathiques et sans prétention.

Voici donc une histoire qui montre que l'on peut devenir maître malgré soi…


Un moine qui s'était baptisé lui-même "le maître du silence" était en réalité un mystificateur qui n'entendait rien au zen. Pour mieux duper les gens, il avait à son service deux moines éloquents qui répondaient pour lui aux questions qu'on lui posait, tandis que lui-même n'ouvrait jamais la bouche, comme pour justifier son nom.

Un jour, alors que ses acolytes étaient absents, il reçut la visite d'un moine pèlerin qui lui demanda :

- Maître, qu'est-ce que le Bouddha ?

Ne sachant que faire ni que dire, le pseudo "maître du silence" regarda dans toutes les directions, cherchant ses complices.

Le pèlerin, apparemment satisfait, lui demanda alors :

- Qu'est-ce que le dharma ?

Toujours aussi embarrassé, notre homme leva les yeux vers le plafond puis les baissa vers le sol, appelant à son aide le ciel et l'enfer.

Le pèlerin demanda encore :

- Qu'est-ce que le sangha ?

"Le maître du silence" se contenta de fermer les yeux.

Le pèlerin lui demanda enfin :

- Qu'est-ce que la grâce ?

Abandonnant tout espoir, le "maître du silence" ouvrit les bras en signe de capitulation.


                                   


Sur quoi le moine pèlerin s'en alla, manifestement enchanté de sa visite.

En cours de route, il rencontra les deux acolytes du "maître du silence" et il se mit à leur parler de lui en termes enthousiastes. Voici ce qu'il leur dit :

- Je lui ai demandé ce qu'était le Bouddha, et aussitôt il s'est tourné vers l'est et vers l'ouest pour me faire entendre que les humains cherchent sans cesse le Bouddha là où il n'est pas. Ensuite, je lui ai demandé ce qu'était le dharma, et pour me répondre il a regardé vers le haut et vers le bas, me signifiant ainsi que la vérité du dharma est un tout, où il ne faut faire aucune discrimination entre le haut et le bas, la pureté et l'impureté y étant également partagées. Pour répondre à ma question, sur le sangha, il a fermé les yeux sans rien dire, me rappelant ainsi le fameux dicton : "Celui qui peut fermer les yeux et dormir profondément dans les gorges profondes des montagnes, celui-là est un grand moine". Enfin, en réponse à ma dernière question : "Qu'est-ce que la grâce ?" Il a ouvert les bras et m'a montré ses deux mains, pour me faire comprendre que la grâce est une bénédiction guidant les êtres sur le chemin de la vie... Oh ! Quel maître éclairé ! Et que son enseignement est profond !


                      

Lorsque les deux moines furent rentrés, le "maître du silence" les gourmanda vivement.

- Où donc traîniez-vous encore ? Leur dit-il. Il y a une heure, un pèlerin qui m'a accablé de questions m'a mis dans un embarras mortel, où j'ai failli perdre ma réputation !


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dimanche 17 janvier 2021

La beauté irradie

 Nous en avons bien besoin. La beauté parle à notre âme et nous donne à voir une présence, derrière les phénomènes. Et cela nous donne une confiance sincère en la force de la vie.

Voici donc quelques paroles de François Cheng, extraites de Cinq méditations sur la beauté, un livre qu'il fait bon relire lorsqu'on se sent désarçonné par les difficultés du moment !


« Le mal, on sait ce que c'est, surtout celui que l'homme inflige à l'homme. Du fait de son intelligence et de sa liberté, quand il s'enfonce dans la haine et la cruauté, il peut creuser des abîmes pour ainsi dire sans fond. « 



« En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourra paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal; de l'autre, la beauté. «






« Lorsque, devant une scène de la nature, un arbre qui fleurit, un oiseau qui s'envole en criant, un rayon de soleil ou de lune qui éclaire un moment de silence, soudain, on passe de l'autre côté de la scène. On se trouve alors au-delà de l'écran des phénomènes, et l'on éprouve l'impression d'une présence qui va de soi, qui vient à soi, entière, indivise, inexplicable et cependant indéniable, tel un don généreux qui fait que tout est là, miraculeusement là, diffusant une lumière couleur d'origine, murmurant un chant natif de cœur à cœur, d'âme à âme. »





« Lors même que les pétales seraient flétris et tombés au sol, le parfum planerait là, dans la mémoire, rappelant que ces pétales, mêlés à l'humus, renaîtront sous la forme d'une autre rose, que, du visible à l'invisible, et de l'invisible au visible, l'ordre de la vie se poursuit par la voie de la transformation universelle. »



« La bonté est garante de la qualité de la beauté.

La beauté irradie la bonté et la rend désirable. »  


dimanche 10 janvier 2021

Histoire zen

Pour bien démarrer l'année, voici une histoire zen comme je les affectionne.
Vous remarquerez  encore une fois que l'éveil (ou satori) n'est pas si difficile à obtenir et que les maîtres ont de drôles de façon d'y conduire leurs disciples ! 


Le peintre et le samouraï

Le daimyo Nobumitsu était un disciple laïque du maître zen Ekichu. Le moine avait aussi la réputation d'être un peintre inspiré et ses œuvres étaient fort prisées. Le samouraï vint un jour lui rendre visite dans son monastère de Jufukuji pour lui commander quelques peintures sur des thèmes qu'il affectionnait.

_ Veuillez, je vous prie, me peindre quelque chose qui illustrerait un extrait du célèbre poème :

    Après avoir chevauché parmi les fleurs,

    Le sabot du cheval est parfumé.

Le moine prit son pinceau et il brossa en quelques traits habiles un papillon posé sur un sabot.

Le seigneur Nobumitsu cita ensuite les fameux vers :

    La brise printanière souffle

   Sur la berge de la rivière

Le maître peignit alors une branche de saule qui ondulait dans le vent.

L'amateur de peinture, de plus en plus admiratif du talent et de la spontanéité dont faisait preuve l'artiste, lui demanda encore d'illustrer ce poème zen :

    Un doigt pointé sur le cœur humain

    Indique la vraie nature du Bouddha.

Ekichu secoua son pinceau et le visage de Nobumitsu fut éclaboussé par quelques gouttes d'encre. Surpris et irrité, le fier daimyo eut un rictus d'agacement et le maître l'immortalisa sur le papier. Cela fit sourire le samouraï qui insista alors pour avoir une peinture qui illustrerait cette "nature du Bouddha."

_ Montre-moi ta vraie nature et je la peindrai, déclara le maître. 

le samouraï voulut encore ouvrir la bouche mais le moine attrapa son pinceau des deux mains et gishi-gishi le brisa.

Et, dans le silence qui suivit la plainte du bambou, le disciple connut son premier satori.



Celui qui est

Pénétré 

de toutes choses

Pourra se dispenser

De sortir son sabre inconsidérément.

(Ueshiba)





dimanche 3 janvier 2021

Une année nouvelle

Une nouvelle année à écrire, à vivre et à expérimenter : voilà ce qui nous attend. Et puisque maintenant, nous avons une certaine expérience du chaos, nous allons pouvoir créer.


Toute l'équipe de l'association Altaïr et Sylvie Lafuente Sampietro se joignent à moi pour vous souhaiter une belle année ! Une année où nous devrions retrouver notre liberté et pouvoir avancer à nouveau dans nos vies.
Une année pour faire des projets d'avenir et pour imaginer le futur.

Nous suivrons tout cela avec vous et nous chercherons à vous proposer les activités adaptées à ce qui est possible.




Et pour rêver à des jours nouveaux, voici un poème où l'on passe du rêve à l'éveil, de la réalité au sommeil, allongé dans l'herbe.


Kaléidoscope
(Paul Verlaine)


À Germain Nouveau.

Dans une rue, au cœur d’une ville de rêve
Ce sera comme quand on a déjà vécu :
Un instant à la fois très vague et très aigu…
Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu’autrefois

Dans cette rue, au cœur de la ville magique
Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
Et que traverseront des bandes de musique.

Ce sera si fatal qu’on en croira mourir :
Des larmes ruisselant douces le long des joues,
Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
Des invocations à la mort de venir,

Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
Les bruits aigres des bals publics arriveront,
Et des veuves avec du cuivre après leur front,
Paysannes, fendront la foule des traînées

Qui flânent là, causant avec d’affreux moutards
Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
Cependant qu’à deux pas, dans des senteurs d’urine,
Quelque fête publique enverra des pétards.

Ce sera comme quand on rêve et qu’on s’éveille,
Et que l’on se rendort et que l’on rêve encor
De la même féerie et du même décor,
L’été, dans l’herbe, au bruit moiré d’un vol d’abeille.


Belle année 2021 à vous !