dimanche 19 août 2012

En attendant la rentrée...

Ce conte livré par Henri Gougaud dans "L'arbre d'amour et de sagesse" nous parle de l'existence simultanée et nécessaire en nous du bien et du mal.



L'arbre

Dans un pays aride s'élevait autrefois un arbre prodigieux.
Sur la plaine, on ne voyait que lui, largement déployé entre les blés et le ciel. Personne ne savait son âge.
Des femmes stériles venaient parfois le supplier de les rendre fécondes, les hommes en secret cherchaient auprès de lui des réponses à des questions inexprimables, mais personne jamais ne goûtait à ses fruits.
Ils étaient pourtant magnifiques, si luisants et dorés le long de ses deux branches maîtresses qu'ils attiraient les mains et les bouches des enfants ignorants.
Eux seuls osaient les désirer. On leur apprenait alors l'étrange et vieille vérité.
La moitié de ses fruits était empoisonné. Or tous, bons ou mauvais, étaient d'aspect semblable.
Des deux branches ouvertes en haut du tronc énorme, l'une portait la mort, l'autre portait la vie, mais on ne savait laquelle nourrissait et laquelle tuait. Et donc on regardait, mais on ne touchait pas.
Vint un été trop chaud, puis un automne sec, puis un hiver glacial. La famine envahit le pays. Seul sur la plaine, l'arbre demeura immuable. Aucun de ses fruits n'avait péri.
Les gens, voyant ce vieux père miraculeusement rescapé des bourrasques, s'approchèrent de lui, indécis et craintifs. Ils se dirent qu'il leur fallait choisir entre le risque de tomber foudroyés, s'ils goûtaient aux merveilles dorées qui luisaient parmi les feuilles, et la certitude de mourir de faim, s'ils n'y goûtaient pas.
Comme ils se laissaient aller en discussions confuses, un homme dont le fils ne vivait plus qu'à peine osa soudain s'avancer. Sous la branche de droite il cueillit un fruit, le croqua et resta debout, le souffle bienheureux. Alors tous à sa suite se bousculèrent et se gorgèrent des fruits sains de la branche de droite qui repoussèrent aussitôt, à peine cueillis, parmi les verdures bruissantes.
Les hommes s'en réjouirent infiniment. Huit jours durant ils festoyèrent, riant de leurs effrois passés.
Ils savaient désormais où étaient les rejetons malfaisants de cet arbre : sur la branche de gauche. Leur vint une rancune haineuse. À cause de la peur qu'ils avaient eu d'elle, ils avaient failli mourir de faim. Ils la jugèrent bientôt aussi inutile que dangereuse. Un enfant étourdi pouvait un jour se prendre à ses fruits mortels que rien ne distinguait des bons. Ils décidèrent donc de la couper au ras du tronc, ce qu'ils firent avec une joie vengeresse.
Le lendemain tous les bons fruits de la branche de droite étaient tombés et pourrissaient dans la poussière. L'arbre amputé de sa moitié mauvaise n'offrait plus au grand soleil qu'un feuillage racorni. Son écorce avait noirci.
Les oiseaux l'avaient fui. Il était mort. 


mercredi 27 juin 2012

Le commencement d'un cycle



Après un retour à la source (voir notre précédent article), nous pouvons aborder ce grand cycle qu'est le cycle soli-lunaire.
Non pas pour expliquer en quoi consiste le cycle soli-lunaire (pour cela, il convient de suivre les cours d'astrologie...) mais pour vous parler de ce cycle pour notre association.
J'avais déjà commencé à en parler à propos des fêtes : les aspects de cette année pour notre association n'étaient pas à la fête mais plutôt à l'intériorité, au travail sur soi. Le nouveau cycle de 30 ans a débuté en 2010, il commence à peine mais ses caractéristiques d'ouverture, de recherche d'authenticité, de création de réseaux, de désir de transformation sont déjà là (nouvelle lune en maison XI en Scorpion).

Bientôt, dès la rentrée, l'espace va se réouvrir.
Nous préparons des nouveautés : un espace d'accueil grâce à Alice, un nouveau site Internet, l'accès à plus d'enregistrements de conférences.



Ce temps de réflexion nous a permis de sentir l'air du temps et ce qu'il signifie pour nous. 
Nous ressentons moins le besoin de faire découvrir toutes les autres connaissances de développement personnel : tant de propositions sont disponibles actuellement que nous n'apportons rien de plus.  Nous ne nous mobiliserons que si nous sentons que nous avons du nouveau à présenter.

Nous avons petit à petit délaissé les fêtes, non pas que nous soyons des rabat-joie, mais nous avons senti qu' elles n'intéressaient plus et que nous avions moins d'énergie pour les préparer.

Nous avons par contre compris la nécessité de promouvoir l'astrologie que nous aimons, l'astrologie humaniste qui tente de comprendre notre nature humaine, qui nous guide sur notre chemin.
Nous savons qu'il nous faut nous recentrer sur notre cœur, sur le noyau de base qui a permis de créer l'association.
Ainsi donc la bibliothèque, que nous développons très régulièrement, avec des livres qui nous paraissent utiles, pas toujours des livres d'astrologie, il en parait peu, hélas !
Nous souhaitons également mettre en avant notre collection de conférences enregistrées : les sujets en sont variés, toujours passionnants et l'écoute de la voix apporte une dimension vivante et forte au contenu.
Nous mettrons bientôt en ligne davantage de ces contenus pour aider à la compréhension de l'astrologie humaniste appliquée.
Mais surtout, notre espace s'ouvre : plus de portes ouvertes mais des conférences données en divers lieux par Sylvie Lafuente Sampietro ou Marieke de Koning.
Moins de permanences où l'on vient pour prendre ou rapporter des livres mais un espace d'accueil sur tout un après-midi par mois, où nous pouvons nous retrouver, échanger, discuter, découvrir.
Toujours plus d'informations avec le site qui sera renouvelé à la rentrée, et ce blog qui continuera à semer ses petits cailloux d'information ou de poésie.



Plus que tout, se recentrer sur l'astrologie, c'est faire la part belle aux conférences : Sylvie Lafuente Sampietro nous a habitués depuis de longues années à ses conférences d'astrologie mondiale ( cette année, ce sera le 23 novembre) et plus récemment, à des conférences de printemps où elle traite de nouveaux sujets. Ce sont de très beaux moments de découverte pour nous tous.

Nous commençons ainsi à percevoir ce qui fera la saveur de ce nouveau cycle soli-lunaire de 30 ans pour Altaïr : de l'astrologie, des espaces qui s'ouvrent ( géographiques, virtuels, de communication) et toujours la passion de l'humain, avec sa complexité et toute sa beauté.
Après 20 ans de développement, il est temps de repartir sur de nouvelles bases. C'est ce que nous allons définir et vous proposer dans les temps à venir.


Et nous espérons que vous continuerez à nous suivre...


jeudi 21 juin 2012

Réflexion sur le commencement


Cette histoire commence par la fin :

"La fin de toutes nos recherches sera d'arriver là où nous avons commencé et de connaître cet endroit pour la première fois." T.S.Eliot



Pourquoi donc ne pas imaginer refaire le chemin à l'envers pour retrouver le commencement ?

"La vie à l'envers

La vie est coriace, elle vous prend beaucoup de temps,
tous vos week-ends,
et qu'est-ce que vous avez au bout du compte ?
La mort, une grande récompense.
Je pense que le cycle de la vie est complètement inversé.
Vous devez d'abord mourir, vous débarrasser de cela.
Ensuite vous vivez vingt ans dans une maison pour les vieux.
Puis on vous jette dehors car vous êtes trop jeune.
vous avez une montre en or et partez travailler.
Vous travaillez quarante ans
jusqu'à ce que vous soyez suffisamment jeune pour profiter de votre retraite.
Vous allez à l'université et à des fêtes
jusqu'à ce que vous soyez prêt pour le lycée.
Vous devenez un enfant, vous jouez, vous n'avez pas de responsabilité, 
vous devenez un petit garçon ou une petite fille,
vous retournez dans le ventre de votre mère
et vous passez les derniers neuf mois à flotter.
Puis vous finissez en lueur dans l'oeil de quelqu'un."

Nous aspirons secrètement à revenir là où nous sommes, et à connaître cet endroit pour la première fois. 
Sri Nisargadatta disait : "Comment pouvez-vous ne pas avoir confiance ? Vous êtes sur le chemin du retour chez vous."



La conclusion, le début de l'histoire, donc, est chantée par toutes les religions mais elle est également dans l'essence du tao.

"Si tu ne réalises pas la source,
Tu trébuches dans la confusion et la peine.
Quand tu réalises d'où tu viens,
Naturellement tu deviens tolérant,
désintéressé, amusé, bienveillant comme une grand-mère,
digne comme un roi.
Baignant dans la splendeur du tao,
Tu peux faire face à tout ce que la vie apporte,
Et quand la mort arrive, tu es prêt."


Les citations ci-dessus sont extraites du livre de Jack Kornfield : Après l'extase, la lessive.(N° 604 de la bibliothèque Altaïr)
Pour les images, j'ai choisi les jardins de l'alcazar.

dimanche 17 juin 2012

Sensation

J'ai découvert Rimbaud il y a bien longtemps, grâce à un professeur de français passionné. Je retrouve régulièrement ses poèmes, avec toujours autant d'émotion et de bonheur, mais cette émotion évolue au fil du temps.
Les grands poètes savent nous parler à tout moment de notre vie...


"Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

Arthur Rimbaud, Poésies

dimanche 10 juin 2012

Voir la réalité



Face à la perte d'un être cher, il semble que rien ne puisse nous consoler.
Voici un conte spirituel qui met en scène le Bouddha et qui montre que devant la réalité, il ne reste plus qu'à accepter et continuer sa vie.


Un jour une femme vint trouver le Bouddha et le supplia de redonner la vie à son fils de 5 ans qui venait de mourir.
"Assurément, il y avait une erreur", criait-elle, dans sa douleur. "Cet enfant avait tout à vivre. Pourquoi lui plutôt qu'elle, ou quelqu'un d'autre de ses parents ?"
Le Bienheureux lui répondit :
"Tu reverras ton fils pourvu que tu mendies pour moi une graine de moutarde et qu'elle te soit offerte par quelqu'un, homme ou femme, qui n'a jamais pleuré aucun mort sous son toit."
La mère s'en fut donc de maison en maison, de village en village. On lui offrit des graines de moutarde autant qu'elle en voulait, mais elle eut beau marcher, elle ne put trouver demeure que le deuil n'ait jamais frappé. Point de palais ni de cabane, d'auberge ou de grotte d'ermite qui n'ait un jour abrité un défunt.
Elle s'en revint bredouille devant le Bienheureux.
"Je sais bien, lui dit-elle, à chaque naissance, un mort, c'est la loi et nul n'y peut rien. Mais sais-tu ce que c'est qu'une mère ? Sais-tu ce qu'elle souffre de voir son enfant mourir sur son sein ?
Mon fils n'a pas assez vécu, mort à 5 ans, je dois lui manquer."
"Nous allons lui demander s'il désire te revenir, répondit le Bouddha. Femme, j'en fais le serment : si c'est sa volonté, il te sera rendu."
Le Bienheureux tendit devant lui les bras et l'esprit du mort apparut couché au creux des maisons. Il avait l'air de sommeiller.
"Enfant, ta mère te demande".
"De qui me parle-t-on, répondit l'enfant. J'ai vécu tant de vies. Je fus le fils d'une louve et d'une ânesse grise, le fils d'une reine aussi, d'une jeune putain et d'une mendiante folle, de mille paysannes et de tant d'autres encore. Dis, quelle mère veut que je revienne à elle ? Et pourquoi le ferais-je ? Réponds-lui que ma route est longue, et que je ne peux pas m'attarder."
La mère s'en revint chez elle, le Bouddha à sa méditation, l'enfant à son chemin.



mardi 29 mai 2012

Constellations astrologiques


Les stages d'été organisés par Sylvie Lafuente Sampietro sont l'occasion de pratiquer l'astrologie de façon différente.
Il y est moins question de connaissances à acquérir que de se découvrir soi-même en revisitant ses expériences sous un angle particulier. Puis, lorsque les blocages sont mis en lumière, il est possible de faire émerger des pistes pour évoluer.
L'été dernier, j'assistais au stage sur Neptune : "de l'illusion à l'extase" et nous avons expérimenté ce que Sylvie Lafuente Sampietro appelle des constellations astrologiques.
Voici juste quelques impressions qui me restent.
Un cercle est défini au centre du groupe : c'est le mandala astrologique de la personnalité. Ce cercle est divisé en douze signes du zodiaque. Je me demande à ce moment-là comment ce cercle va pouvoir devenir un lieu de transformation.
Nous avons tous ensemble compris le problème d'un des participants, il va se trouver exposé dans ce cercle : la curiosité l'emporte, je ne me pose plus de questions, je suis le processus.
Le cercle représente la psyché de la personne : elle y place les personnages qui sont impliqués dans le problème. Ces personnages, ce sont ceux de notre royaume intérieur, le roi (Soleil), la reine (Lune), le messager (Mercure), la princesse (Vénus), le chevalier (Mars), le grand conseiller (Jupiter), le ministre de l'intérieur (Saturne)... Ils sont placés au fur et à mesure que la personne les choisit parmi nous dans l'assemblée.
Il se passe des choses surprenantes : certains personnages se retrouvent bloqués, incapables de bouger, d'autres ont envie de frapper, tout en colère, d'autres se font tout petits et semblent écrasés.
Petit à petit, on cherche comment débloquer la situation. Les personnages évoluent, se libèrent, sont moins en colère, forment des alliances. Une solution finit par se dessiner qui est proposée à la personne.
Ce n'est pas chose aisée pour elle d'accepter : ce qui se joue à l'intérieur d'elle et dont elle n'a pas vraiment conscience, les forces qui la bloquent, les forces sombres qui la dirigent sont autant de difficiles prises de conscience.


Si c'est difficile pour la personne , c'est très parlant  pour les spectateurs et très utile pour les participants choisis pour être dans le cercle. Rien de tel que d'avoir été représentant d'une planète dans la psyché pour comprendre son fonctionnement en nous !
Et voir en action les éléments de la psyché donne toute sa signification à l'interprétation du thème : les symboles des planètes deviennent vivants.
Aventure très enrichissante, mais difficile à maîtriser : il faut toute l'expérience de Sylvie Lafuente Sampietro pour nous conduire vers le but et nous permettre d'en tirer l'essentiel sans nous perdre. Nous perdre avec Neptune eût été facile, tout nous y incitait, mais le cap a été maintenu pour que nous puissions également goûter à la face lumineuse de Neptune et à l'amour universel.


mardi 22 mai 2012

L'astrologue médiéval



Je vous livre aujourd’hui une histoire d’étoiles et d’astrologue, une histoire médiévale que j’ai extraite des « Contes des sages qui lisent dans les étoiles », petit livre de contes tournés vers le ciel. Certes, l’inspiration de cet astrologue ne relève pas uniquement  de la lecture des cartes   mais l’histoire est plaisante à lire et à écouter, laissons-nous donc  emporter… 







L’étole de l’étoile

L’astrologue-philosophe Aurélien de Béard, dit le Bien-Assis, regardait le soleil disparaître à l’horizon. Il voyait poindre les premières étoiles avec soulagement : la contemplation de la voûte céleste lui apportait la clarté de l’esprit. Au matin, il devrait choisir ce qu’il dirait à son seigneur. Car lire dans les étoiles, ce n’était pas consulter un livre écrit à l’avance. Il fallait humer, entrevoir l’action juste. Il sourit à sa jeunesse éclairée. Il avait connu Abu Nasr Muhammad, dit Al-Farabi, lors d’un voyage en Orient et était resté des années à ses côtés. Le jeune homme élevé dans la rigueur chrétienne avait suivi un maître du bonheur sur les grands chemins. Sa vision du monde avait été transformée. Le conseiller-astrologue de l’émir Sayt al-Dawla, consulté par les princes, éclaircissait les allées sinueuses du destin. Après avoir reçu sa vision dans le désert, il prophétisait l’avènement d’une Cité juste et cheminait en totale harmonie avec le monde. Musicien, il encourageait chacun à jouer sur le corps-instrument qu’il avait reçu, son rythme et sa propre mélodie. Les astres influençaient nos destinées, ils ne déterminaient pas tout. Ils traçaient les possibles que le sage transcende en complicité avec les flots de l’intelligence.

Aurélien de Béard se dit que sa responsabilité était de rester un homme libre, un astrologue-équilibriste, jouant de révélation et de raison, usant de préscience et d’ingénuité devant le mystère. Il avait une nuit pour sortir du dilemme auquel il était confronté. Les complots avaient rendu le climat infect, il était salutaire de crever l’abcès. Ainsi l’exigeait le roi. Mais les solutions s’avéraient sinon toutes violentes, du moins entachées de férocité.

Reprenant ses notes, il considéra les thèmes des protagonistes, leurs aspects planétaires en Sagittaire (on était début décembre), les conjonctions favorables et les carrés. Il fit comme son maître lui avait enseigné, confrontant les issues dans leurs aspects vertueux ou sordides, jaugeant les cœurs résistant à la fatalité, cherchant la voie précieuse de la nature première, la fitra insaniyya, l’écho de la liberté. Une image insolite lui vint à l’esprit : Isabeau, la fille du seigneur du comté voisin, en train d’accoucher !?!
Elle portait une étole bleu nuit et une étoile d’or,  brodée. Des courtisans ôtaient leurs habits de chasse, jetant dagues, lames et arbalètes devant le lit. Une étoile filante traversa le ciel faisant le signe paradoxal des déterminations effacées.

Ainsi, la solitude politique du roi était la croûte de son esseulement. Que le jeune souverain épouse Isabeau, qu’ils aient un enfant, modifiait tout l’écheveau des influences grossières. Il suffisait de poser une étole et que l’étoile scintille sur le duché. Aurélien pensa à Aristote et à Platon, referma son carnet et murmura un chant d’Ali ibn Nafi, le savant dit Merle Noir, le poète-astrologue qui faisait des prédictions chantées.

 Il savait ce qu’il dirait à son seigneur et que son seigneur l’écouterait.