lundi 31 janvier 2022

Lourd et léger

 Quelques mots et images d'Henri Michaux, l'écrivain, peintre et poète pour nous accompagner aujourd'hui.

Il y parle de la difficulté à mener son chemin intérieur et l'on sent l'énergie et la hargne  qu'il y met.

Puis un second petit texte nous parle du bonheur d'être amoureux et de la légèreté soudaine de la vie dans ces moments-là.


La nuit est un grand espace cubique.
Résistant.
Extrêmement résistant.
Entassement de murs et en tous sens, qui vous limitent, qui veulent vous limiter.
Ce qu'il ne faut pas accepter.

Moi, je n'en sors pas.
Que d'obstacles pourtant j'ai déjà renversés.

Que de murs bousculés.
Mais il en reste.
Oh! pour ça, il en reste.
En ce moment je fais surtout la guerre des plafonds.

Les voûtes dures qui se forment au-dessus de moi, car il s'en présente, je les martèle, je les pilonne, je les fais sauter, éclater, crever, il s'en trouve toujours d'autres par-derrière.
De mon énorme marteau jamais fatigué, je leur assène des coups à assommer un mammouth s'il s'en trouvait encore un... et là.
Mais il ne s'y rencontre que voûtes, voûtes têtues, cependant qu'il faut qu'elles se brisent et s'abattent.
Il s'agit ensuite de désencombrer ce lieu conquis des débris qui masquent ce qui vient au-delà, que je ne devine d'ailleurs que trop, car il m'est évident qu'il y a encore une voûte plus loin, plus haut, qu'il faudra abattre aussi.



Ce qui est dur sous moi, ne me gêne pas moins, obstacle que je ne puis, que je ne dois supporter, matière du même immense bloc détesté où j'ai été mis à vivre.

A coups de pic, je l'éventre, puis j'éventre le suivant.

De cave en cave, je descends toujours, crevant les voûtes, arrachant les étais.

Je descends imperturbable, infatigué par la découverte de caves sans fin dont il y a un nombre que depuis longtemps j'ai cessé de compter, je creuse, je creuse toujours jusqu'à ce que, un travail immense fait, je sois obligé de remonter pour me rendre compte de la direction suivie, car on finit par creuser en colimaçon.
Mais arrivé là-haut, je suis pressé de redescendre, appelé par l'immensité des réduits à défoncer qui m'attendent.
Je descends sans faire attention à rien, en enjambées de géant, je descends des marches comme celles des siècles — et enfin, au-delà des marches, je me précipite dans le gouffre de mes fouilles, plus vite, plus vite, plus désordonnément, jusqu'à buter sur l'obstacle final, momentanément final, et je me remets à déblayer avec une fureur nouvelle, à déblayer, à déblayer, creusant dans la masse des murs qui n'en finissent pas et qui m'empêchent de partir du bon pied.

Mais la situation un jour, se présentera différente, peut-être.





Chacun est extraordinaire. Il est seul à s'en apercevoir. Découragement ! Enfin, il finit par s'y faire... puisque personne d'autre que lui ne le remarque.

Mais voilà que dix, quinze ans passent et quelqu'un d'autre, également, le trouve extraordinaire. Merveille. Être aimé. Et l'autre aussi, comme c'est étrange, justement l'autre aussi est extraordinaire, unique, vraiment unique. On n'eût pu l'imaginer... et elle est, naturellement, belle, mais surtout unique, unique.

Amour ! Il est soulagé du poids de sa personne, du poids de sa vie, de ses journées, de ses occupations et soulagé de la propriété à la fin lassante de sa personne.

Quelle merveille ! Qu'est-ce qui ne va pas arriver ? Plus rien n'est impossible. Il atteint sans effort le haut du monde.


dimanche 23 janvier 2022

Année chaotique

                             


Le titre de la conférence d'astrologie mondiale pour 2022 ne laissait pas de doute : Donner naissance dans le chaos. Tout un monde à inventer dans un cadre chaotique.

Donner naissance montre l'impulsion créatrice du futur. Ce qui peut faire peur, c'est le terme de chaos.

Mais Sylvie Lafuente Sampietro a expliqué clairement ce qu'était le chaos  et les citations de Guillaume Plaisance nous ont permis d'éclairer cette notion :

"Pourquoi le chaos nous fait-il si peur ? Pourquoi lui accole-t-on une image péjorative ? Après tout, le chaos n’est, d’une part, qu’un « espace immense indifférencié préexistant à toutes choses, et notamment à la lumière » ou d’autre part, « ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur » . Ni l’un ni l’autre ne devraient nous faire trembler : ils devraient plutôt nous interpeler et nous obliger à penser. D’abord au sens profond de ce que nous sommes et de ce que nous vivons (avant moi, le chaos ?). Mais aussi, et surtout, à notre obsession de la clarté, de la cohérence, de l’ordre. La quête qui nous mène à la simplification et à la décomplexification n’est pas souhaitable, quitte à risquer la fin de la pensée et de la capacité de jugement."

Après ces explications du sens du chaos, nous constatons que nous sommes dans un espace où tout est désorganisé, mais où tout est possible. C'est un temps de deuil du passé, avec une impulsion créatrice du futur, une nouvelle dynamique.

Cette année, nous avons encore beaucoup de mouvement des planètes dans le ciel : après les trois grandes conjonctions de 2020/2021, nous avons encore une conjonction importante cette année entre Jupiter et Neptune. Il s'agit à nouveau là d'un moment chaotique, car tout est possible et on ne sait pas où on va. Nous ne savons pas encore de quoi tous ces mouvements vont accoucher.

Les trois conjonctions de 2020/2021 nous ont laissés désorganisés, en manque de cohérence, ce qui est normal quand on est au début d'une aventure. La conjonction de 2022 n'échappera pas à la règle.


Nous sommes donc dans une période très complexe. Nous sommes dans un moment de crise qui nous permettra de reconstruire. Ces temps charnières que nous vivons sont très importants et nourrissent une force énorme pour aller vers le futur.

Chacun d'entre nous dans ce monde en mutation peut faire ce qu'il a à faire là où il est. Et nous devons mener un travail de lucidité. 

Nelson Mandela nous inspire encore une fois : "J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre."

Ce focus sur certains moments de la conférence d'astrologie mondiale du 3 décembre dernier ne reflète évidemment pas la richesse de la conférence.


"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher; 

 des guirlandes de fenêtre à fenêtre;

des chaînes d'or d'étoile à étoile,

et je danse."

Arthur Rimbaud (Illuminations)


jeudi 13 janvier 2022

Bonne année 2022


Toute l'équipe Altaïr vous souhaite une belle année 2022.
Voici notre programme, toujours adapté à la période que nous vivons.

Si vous venez au local pour une formation, vous pouvez toujours emprunter des livres à la bibliothèque, louer des conférences sur CD ou en numérique, faire éditer des thèmes astraux. Si vous suivez les cours à distance, nous pouvons vous proposer de louer en ligne des conférences et de recevoir des thèmes astraux. Nous vous informerons mois par mois des nouvelles propositions.

Pour vous permettre d'accéder à notre bibliothèque, à l'édition de thèmes et nous permettre d'échanger, nous vous proposons toujours nos permanences une fois par mois au local. Les prochaines auront lieu les 10 février et 3 mars de 18h30 à 20h00.
Vous pouvez louer en ligne les conférences enregistrées sous forme de fichier MP3. La liste des conférences disponibles se trouve sur notre site : http://www.astrologie-humaniste-appliquee.fr/altair/altaircat.html .
Il suffit d'être adhérent, de s'acquitter de 4,50€ par conférence louée et de nous faire la demande à : assoc.altair@gmail.com ou lors de votre passage au local.
Vous pouvez également demander l'édition de thèmes astraux qui vous seront adressés sous forme de fichier pdf en écrivant à l'adresse suivante :  assoc.altair@gmail.com .Il vous sera demandé 1€ par thème.

En attendant de pouvoir reprendre nos activités ponctuelles, ces diverses propositions vous permettront de continuer à conserver le lien avec notre association.

Avec les meilleurs vœux de l'équipe Altaïr.



 

jeudi 25 novembre 2021

Rappel : La conférence d'astrologie mondiale pour l'année 2022

Je vous rappelle la conférence d'astrologie mondiale de Sylvie Lafuente Sampietro le 3 décembre en visioconférence à 20h30. Vous trouverez ci-dessous toutes les possibilités pour vous inscrire. Si vous êtes déjà inscrit(e), vous recevrez le lien vers la conférence le 2 décembre.

 Le titre de la conférence de cette année est déjà prometteur :

"Donner naissance dans le chaos"

Aussi je vous invite fortement à y participer si vous voulez vivre l'année 2022 en conscience et connaître les enjeux du moment.

Ce sera le 3 décembre 2021 à 20h30 et en visioconférence, afin que nous puissions tous y participer.


Sylvie Lafuente Sampietro sera heureuse de nous accueillir pour ce grand moment de l'année, toujours passionnant et tellement juste : il suffit de regarder la vidéo de celle de l'an passé pour s'en rendre compte.
Voici donc en avant-goût du contenu de la conférence, la présentation exhaustive que nous propose Sylvie Lafuente Sampietro :

Présentation de la conférence

Cette conférence a pour objectif de vous permettre de mieux comprendre la mutation du monde et de nos sociétés  à travers une prise de recul sur l’actualité et une compréhension des étapes que l’humanité vit.

Elle est un apport personnel pour la gestion de votre année 2022, elle vous donnera des clefs pour saisir ce qui se passe dans votre vie et une prise de conscience des cycles qui sont à l’œuvre.

L’année 2022 est un temps clé pour l’accouchement du nouveau monde suite au chaos de ces deux dernières années. Nous aurons encore beaucoup de contractions, de tensions, de perte des repères et le tout avec des états de confusions. Le potentiel est énorme, mais nous ne pouvons pas savoir quel visage prendra le futur. Il dépend des choix et positionnements de chacun et les forces en présence sont colossales et très contradictoires.

En toile de fond, les grands cycles propulsent l’humanité dans une dynamique d’évolution incroyable. Ils sont tous en phase de croissance. Pluton/Neptune (cycle de 494 ans) a débuté en 1892, c’est la mutation de nos croyances fondamentales, il est en phase d’organisation pratique (le sextile). Pluton/Uranus (cycle de 139
ans) a débuté en 1966, il gère les révolutions technologiques et se trouve en pleine phase d’application (suite du carré). Uranus/Neptune (cycle de 171 ans) a débuté en 1993, il s’occupe des mutations idéologiques et religieuses et il est en phase d’émergence (suite du semicarré). Ceci génère une mutation radicale de nos modes de vie, de pensée et des équilibres économiques et politiques.
Plus que jamais, la conscience que nous sommes une humanité, vivant sur la planète terre va se manifester. Ceci signifie que nous dépendons tous de la gestion politique générale, tout en ne pouvant être actif que de façon locale.

Cette année 2022 va nous propulser à partir du mois d’avril à renouveler nos valeurs en tant que communauté. La conjonction de Jupiter à Neptune en Poissons va finaliser la série des conjonctions à l’œuvre depuis janvier 2020. Ce cycle de 13 ans est un appel vers la création de valeurs liées aux croyances religieuses, sociales et idéalistes autour de l’unité du monde. C’est le moment de revisiter nos idéaux et leurs conséquences. C’est le temps de s’ouvrir aux valeurs de compassion et de leur donner une forme sociale. Les questions autour de la gestion de la santé seront au cœur de ce processus.

Nous traversons une crise de conscience majeure à propos du libéralisme, de nos libertés individuelles et de la gestion des ressources. Le cycle d’Uranus/Saturne qui a débuté en 1988 a passé son carré décroissant en 2021. Le dernier aspect a lieu le 24/12/2021. C’est le temps d’une réorientation pour la gestion de nos ressources écologiques et économiques. C’est une révolution qui est en route où la question de la liberté individuelle et la vision collective sont essentielles. La nature nous donne quelques coups de pouce pour nous obliger à des changements de mode de vie. Il s’agit de réfléchir à l’impact de la technologie sur nos vies et de revenir à la question du sens du développement des innovations humaines.

« A force de sacrifier l'essentiel à l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel. » Edgard Morin

C’est un temps créatif et d’ensemencement. C’est aussi un espace de liberté, car nous choisissons à ce moment là ce qui va se développer dans l’avenir. Revenir à l’essentiel et à ce qui est durable est une clé de réussite de cette mutation. La vision de l’unité de la communauté humaine sera centrale. 2022 est une année importante où nous devrons propulser les projets qui nous tiennent à cœur.

Sur le plan mondial, il s’agit d’une mutation des rapports de pouvoir et de force et d’une révolution dans la gestion des ressources et des finances. Les questions autour des idéaux religieux, politiques et sociaux seront au cœur du renouvellement. Sur le plan sociétal, il s’agit d’avancer dans la recréation de nos institutions, dans l’innovation et la réorganisation des entreprises, dans la création de nouvelles organisations et communautés.

La conjonction Neptune/Jupiter nous inspirera vers plus de partage. Sur le plan personnel, il s’agit de saisir les mutations en jeu pour organiser notre vie en fonction de valeurs authentiques, humanistes et spirituelles. Choisir avec soin ce que nous désirons cultiver dans nos vies, utiliser notre espace de liberté pour créer de nouveaux modèles d’existence inclusifs. Nous verrons émerger de plus en plus de communautés porteuses de valeurs diverses, nous devrons choisir avec qui nous voulons évoluer et grandir.

Comment cerner notre rayon d’action et avancer dans le temps du chaos et de la désinformation ? Comment accompagner les contractions de la naissance d’une nouvelle vie, d’un autre monde ? Comment se définir par rapport à la liberté individuelle et collective ? Comment développer une vision communautaire et humaniste ? Comment se saisir de l’opportunité du renouveau et de la réorientation ?

Venez découvrir les enjeux de cette année 2022 pour pouvoir gérer vos décisions de vie en accord avec le rythme du cosmos.

 


     Pour vous inscrire à la conférence qui aura lieu le 3 décembre à 20h30 en visioconférence, vous pouvez  :

  •  prendre votre place par l'intermédiaire de Helloasso : 10 € avec paiement par carte bancaire en vous connectant avec le lien suivant :  
https://www.helloasso.com/associations/association-altair/evenements/conference-d-astrologie-mondiale-du-3-decembre-2021

       Vous pouvez également venir régler au local du centre d'astrologie ou faire un virement.

  •   Si vous êtes adhérent à l’association Altaïr, le tarif est de 7€ que vous pouvez régler au local du centre d’astrologie, en espèces ou par chèque.
  •   Si vous souhaitez régler votre entrée par virement, envoyez un mail à : assoc.altair@gmail.com. Nous vous enverrons les coordonnées du compte pour le virement.

Après la validation de votre inscription, vous recevrez la veille de la conférence les indications pour la connexion.

 Nous vous attendons et espérons partager avec vous cette belle expérience !

mercredi 17 novembre 2021

La présence pure

 

Voici un texte de Christian Bobin où l'on retrouve sa plume poétique et vivante pour nous présenter la beauté de l'instant. C'est un extrait de "La présence pure", ce livre où il nous parlait de la maladie de son père avec toute sa sensibilité.


"Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchant dans la rue. Je ne pense plus à hier, demain n'existe pas. Je n'ai plus aucun lien avec personne et personne ne m'est étranger. Cette expérience est simple, il n'y a pas à la vouloir : il suffit de l'accueillir, quand elle vient. 

Un jour tu t'allonges, tu t'assieds ou tu marches et tout vient sans peine à ta rencontre. Il n'y a plus à choisir. Tout ce qui vient porte la marque de l'amour. Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas si indispensables à la venue de ces instants extrêmement purs. L'amour seul suffirait. 

Je ne décris là qu'une expérience pauvre, que chacun pourrait connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, oubliant même que l'on existe, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie."



dimanche 7 novembre 2021

Un anniversaire pas comme les autres

 Je vous propose aujourd'hui, une jolie histoire d'amour sous forme de conte. Elle est proposée encore une fois par Henri Gougaud.



L'anniversaire


Ces deux-là n'avaient pas toujours de quoi faire bouillir la soupe. Ils n'étaient riches que d'amour. Lui n'avait pour toute fortune qu'une antique montre en argent offerte autrefois par son père. Sa femme n'avait que sa grâce, courbes sveltes, cheveux de lune, rire clair, regard de feu doux. Les gens disaient : "Quels beaux époux !" Qui plus est, tous deux étaient nés (le hasard est un dieu folâtre), la même année, à la même heure, le même matin de juillet. Premier été de leur mariage. Voilà que s'annonce le jour des anniversaires jumeaux.

Il veut lui faire un beau, un grand, un inoubliable cadeau. Elle a envie de lui offrir elle ne sait quoi, elle réfléchit, quelque chose dont il soit fier et qu'il n'ose pas espérer. Lui sait ce qu'il voudrait pour elle : le peigne incrusté de rubis qu'il a vu à la devanture du bijoutier de son quartier. Il lui plairait, il en est sûr. Seul problème, il est hors de prix. Comment faire ? Une idée lui vient. La belle montre de son père. Elle est ouvragée à l'ancienne. "Les collectionneurs, se dit-il, recherchent ces sortes d'objets." Il y tient, bien sûr, mais qu'importe. Pour voir s'illuminer les yeux de son épouse bien-aimée, il n'est pas de regret qui tienne. Il vend sa montre au joailler, désigne le peigne précieux.

_ Faites-moi un paquet cadeau. 

Merci, bonsoir. Il est content.

Sa femme, ce même jour-là (elle revient d'un maigre marché), s'arrête devant la vitrine de la même bijouterie. Et que voit-elle ? Elle s'extasie. Une chaîne de montre en or d'une élégance de grand monde. Elle se dit, le cœur remué : "Voilà ce qu'il faut à mon homme." Elle entre. Elle demande le prix. Beaucoup trop cher. Elle réfléchit. elle sourit enfin.

_ Je l'achète. je viendrai le chercher sans faute à la fin de l'après-midi." 

Elle court à quelques rues de là, chez le perruquier des princesses, dénoue ses lourds et longs cheveux. Le maître, en connaisseur, les palpe, les caresse. Il murmure :

_ Quelle beauté !

_ Ils sont à vendre, lui dit-elle. 

Elle se fait tondre. Il paie bon prix. 

Le lendemain, dîner de fête, gâteau, bougies, fleurs et cadeaux. Une chaîne, mais rien au bout, un peigne sans rien à coiffer, à retenir, à ordonner. Chacun avait donné pour l'autre ce qu'il avait de plus précieux. Ils s'étreignent. Ils s'émerveillent. 

_ C'est l'amour vrai, se disent-ils. 

Ce fut un bel anniversaire. Ils ne l'oublièrent jamais. 



mercredi 20 octobre 2021

Bonheur de la méditation


Ce texte date de 1776. Il a été écrit par Jean-Jacques Rousseau. Il me semble qu'il nous montre ici les bienfaits de la méditation. Nous voyons ainsi qu'avant d'aller chercher la méditation dans les pays orientaux, certaines personnes en Occident avaient la connaissance des apports de cette pratique, qui ne portait pas encore le nom que nous lui connaissons aujourd'hui.


"Tout est dans un flux continuel sur la terre : rien n’y garde une forme constante et arrêtée, et nos affections qui s’attachent aux choses extérieures passent et changent nécessairement comme elles. Toujours en avant ou en arrière de nous, elles rappellent le passé qui n’est plus ou préviennent l’avenir qui souvent ne doit point être : il n’y a rien là de solide à quoi le cœur se puisse attacher. Aussi n’a-t-on guère ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu’il y soit connu. À peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le cœur puisse véritablement nous dire : je voudrais que cet instant durât toujours. Et comment peut-on appeler bonheur un état fugitif qui nous laisse encore le cœur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou désirer encore quelque chose après ?

Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et  que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d’un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d’une belle rivière ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.

De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même, comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur. Mais la plupart des hommes, agités de passions continuelles, connaissent peu cet état, et ne l’ayant goûté qu’imparfaitement durant peu d’instants n’en conservent qu’une idée obscure et confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme. Il ne serait pas même bon, dans la présente constitution des choses, qu’avides de ces douces extases ils s’y dégoûtassent de la vie active dont leurs besoins toujours renaissants leur prescrivent le devoir. Mais un infortuné qu’on a retranché de la société humaine et qui ne peut plus rien faire ici-bas d’utile et de bon pour autrui ni pour soi, peut trouver dans cet état à toutes les félicités humaines des dédommagements que la fortune et les hommes ne lui sauraient ôter. "

Jean-Jacques Rousseau - Les rêveries du promeneur solitaire