Petit extrait du livre de Christian Bobin : "L'homme-joie". Il nous révèle tout à coup l'autre côté de la vie, ce côté que nous percevons rarement :
"Vous voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau_ ça oui, c'est important. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle devient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique _ mais l'oiseau que j'ai vu s'enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs serrés, m'a ébloui. J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu'elles se cassent comme du verre. L'oiseau allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un poème. Voici, je me rapproche de ce que je voulais vous dire, de ce presque rien que j'ai vu aujourd'hui et qui a ouvert toutes les portes de la mort : il y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir. Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les piliers qui sont dans notre coeur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de ses bienfaits les assassins que nous sommes."
Je sens que tout est là, même si c'est totalement insaisissable.
Saturne en astrologie, n'est pas considéré en général avec enthousiasme : associé à nos peurs, à la discipline, à la frustration, à bien des notions plutôt rébarbatives.
Saturne représente cependant bien autre chose : les auteurs modernes nous le disent clairement.
Je donne la parole à Liz Greene :
"Saturne n'est pas simplement une représentation de la souffrance, de la restriction et de la discipline; il symbolise également le processus psychique, propre à tous les êtres humains par lequel l'expérience de la souffrance, de la restriction et de la discipline devient un moyen d'accomplissement et d'éveil de la conscience."
" Saturne n'est pas maléfique. Il n'a pas d'influence négative; il se montre inamical seulement à ceux qui refusent de comprendre la valeur éducative de la souffrance. Son chemin n'est pas celui du martyre ou d'une éducation disciplinaire mais contient à la place les graines de la joie. Sa lignée est ancienne et irréprochable, et on le retrouve à travers de nombreux mythes, contes, religions ou folklores variés. Plutôt que de se laisser gagner par cette idée qu'il est le diable à éviter, une personne qui cesse de la fuir et l'embrasse sur les lèvres la voit alors devenir le soleil."
Eric Berrut nous enseigne également comment ne pas craindre ce Saturne, Gardien du temps et maître incontestable qui nous permet de révéler ce que nous sommes.
"Certains se réfugient dans les plaintes de la lune et se lamentent sur la cruauté de l'existence. D'autres tentent une nouvelle diversion en rêvant, avec Jupiter, de lendemains meilleurs. D'autres encore se révoltent, sur le mode d'Uranus, en jetant des pavés contre les murs de la prison. Tout cela laisse Saturne de marbre et la réalité est toujours là, qui nous attend impassible.
Ce qui est embarrassant, avec la réalité, c'est qu'elle nous met face à nous-mêmes. Face à la plainte et au déni, face à la révolte ou encore à l’acharnement quand nous prétendons agir sur les circonstances sans prendre la peine de nous regarder dans le miroir qu'elles nous tendent. Ce qui fait de Saturne le maître impartial qu'il est, c'est qu'il rend compte de notre capacité à prendre les choses telles qu'elles sont et à agir, le cas échéant, en toute intégrité. Il est à la fois l'obstacle qui nous arrête et l'attitude qui nous permet de l'affronter : il nous conduit à nous "saturniser" justement, autrement dit, à nous situer comme le père qui prend en charge sa vie."
Cette idée est parfaitement résumée par Eckhart Tolle :
"Quoi que vous réserve le présent, acceptez-le comme si vous l'aviez choisi de manière délibérée. Allez toujours dans le même sens que lui, et non à contresens. Faites-en un allié, et non un ennemi. Cela transformera miraculeusement votre vie."
Enfin, pour terminer, voici la présentation de Sylvie Lafuente Sampietro pour le stage de l'été prochain : nous sommes très loin du Saturne limitant et frustrant de la tradition !
"Que ce soit sur le plan psychologique,
social ou spirituel, Saturne est une articulation fondamentale de la
construction de notre personnalité et de notre verticalité. Elle nous
appelle à faire le passage entre les repères externes de notre éducation
et la construction de références internes. C’est la voie de la maîtrise
de soi et de l’acquisition d’une autorité naturelle. Le développement
d’une discipline, nous permet d’établir les bases indispensables à une
véritable croissance spirituelle. Elle est le pivot entre le niveau
personnel et transpersonnel.
A travers les aspects qu’elle forme dans notre thème, elle nous
confronte à nos limites, à notre petitesse et nous invite à nous
renforcer et à grandir. Au-delà des difficultés qu’elle pose, elle est
l’athanor qui permet la transformation du plomb en or."
Je garde de la compagnie de Pluton, durant une semaine de stage cet été, le souvenir très fort du chemin de transmutation qu'il nous invite à accomplir. Pluton le sorcier va nous aider à transmuer la douleur pour accéder à la guérison.
Pluton révèle le trésor caché, en nous rendant à notre véritable nature. Et lorsqu'on parle de la relation entre le Soleil et Pluton, celui-ci symbolise le feu qui purifie. Avec lui, tout est réduit en cendres, hormis le soleil indestructible, ce noyau de soi-même.
Je retrouve aujourd'hui ce texte de Eric Berrut citant Marie-Louise von Franz qui nous entraîne dans le feu de Pluton, le feu des alchimistes, purifiant la matière pour en extraire l'essentiel. Dans ce texte, Eric Berrut nous suggère de remplacer le mot feu par Pluton.
"En alchimie, le feu sert à brûler tout ce qui est superflu d'un corps, de sorte que seul le noyau indestructible demeure. En conséquence, les alchimistes commencent par calciner la plupart des substances qu'ils utilisent, détruisant ce qui peut être détruit. Ce qui résiste au feu, le résidu solide qui survit à la calcination, était considéré comme un symbole d'immortalité. Le feu est, par conséquent, le grand agent de transformation. dans certains textes gnostiques, il est aussi appelé le Grand Juge, parce qu'il départage, pour ainsi dire, ce qui est digne de survivre de ce qui ne l'est pas."
"Vous vous rendrez compte, nous dit Eric Berrut, que les alchimistes tentaient de réaliser, par projection sur la matière, l'opération plutonienne que nous sommes appelés à accomplir sur le plan de la conscience."
"Sous l'égide de Pluton, on ne meurt pas à soi-même , mais à tout ce qui se substitue, justement, à soi-même, et qui nous ôte la liberté d'être en tant que soi-même et d'agir en conséquence."
L'expérience ne peut être tentée que si l'on s'est assez construit, notamment au travers de Saturne. Elle nous conduit à accepter la vie. Telle qu'elle est.
Un petit livre découvert cet été lors du stage d'astrologie, puis acheté pour notre bibliothèque et dont voici un extrait pour vous donner envie.
Ce livre, c'est "Laisse moi te raconter...les chemins de la vie" de Jorge Bucay.
Et l'histoire que j'ai extraite, celle de l'éléphant enchaîné, est une belle métaphore sur le rôle des conditionnements dans notre vie.
"Quand j'étais petit, j'adorais le cirque, et ce que j'aimais par-dessus tout, au cirque, c'étaient les animaux. L'éléphant en particulier me fascinait; comme je l'appris par la suite, c'était l'animal préféré de tous les enfants. Pendant son numéro, l'énorme bête exhibait un poids, une taille et une force extraordinaires... Mais, tout de suite après et jusqu'à la représentation suivante, l'éléphant restait toujours attaché à un petit pieu fiché en terre, par une chaîne qui retenait l'une de ses pattes prisonnière.
Or ce pieu n'était qu'un minuscule morceau de bois à peine enfoncé de quelques centimètres dans le sol. Et bien que la chaîne fût épaisse et résistante, il me semblait évident qu'un animal capable de déraciner un arbre devait facilement pouvoir se libérer et s'en aller.
Le mystère reste entier à mes yeux.
Alors, qu'est-ce qui le retient ?
Pourquoi ne s'échappe-t-il pas ?
A cinq ou six ans, j'avais encore une confiance absolue dans la science des adultes. J'interrogeai donc un maître, un père ou un oncle sur le mystère du pachyderme. L'un d'eux m'expliqua que l'éléphant ne s'échappait pas parce qu'il était dressé.
Je posai alors la question qui tombe sous le sens : "S'il est dressé, pourquoi l'enchaîne-t-on ?".
Je ne me rappelle pas qu'on m'ait fait une réponse cohérente. Le temps passant, j'oubliai le mystère de l'éléphant et de son pieu, ne m'en souvenant que lorsque je rencontrais d'autres personnes qui un jour, elles aussi, s'étaient posé la même question.
Il y a quelques années, j'eus la chance de tomber sur quelqu'un d'assez savant pour connaître la réponse :
L'éléphant du cirque ne s'échappe pas parce que, dès son plus jeune âge, il a été attaché à un pieu semblable.
Je fermai les yeux et j'imaginai l'éléphant nouveau-né sans défense, attaché à ce piquet. Je suis sûr qu'à ce moment l'éléphanteau a poussé, tiré et transpiré pour essayer de se libérer, mais que, le piquet étant trop solide pour lui, il n'y est pas arrivé malgré tous ses efforts.
Je l'imaginai qui s'endormait épuisé et, le lendemain, essayait à nouveau, et le surlendemain... et les jours suivants... jusqu'à ce qu'un jour, un jour terrible pour son histoire, l'animal finisse par accepter son impuissance et se résigner à son sort.
Cet énorme et puissant pachyderme que nous voyons au cirque ne s'échappe pas, le pauvre, parce qu'il croit en être incapable.
Il garde le souvenir gravé de l'impuissance qui fut la sienne juste après sa naissance.
Et le pire, c'est que jamais il n'a sérieusement remis en question ce souvenir.
Jamais, jamais il n'a tenté d'éprouver à nouveau sa force... "
Je suis avec beaucoup d'intérêt, et je sais que je ne suis pas la seule, les parutions de livres de Frédéric Lenoir : ses livres sont toujours passionnants et emplis d'humanité.
Dans le dernier, l'âme du monde, il essaie de nous faire ressentir cette force bienveillante qui maintient l'harmonie de l'univers.
J'ai choisi un extrait qui parle de l'esprit de tolérance, sujet particulièrement d'actualité. Et message qu'il faut sans cesse renouveler pour que nous puissions vivre ensemble.

"Cultivez la tolérance. Ne soyez pas convaincus que vous seuls possédez la vérité. Le monde est divers, les sensibilités sont variées et ce qui est bon pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre. De même, ce qui est tenu pour vrai dans telle culture n'est pas forcément vrai dans telle autre. L'esprit de tolérance nous permet d'élargir notre compréhension de la vie et du monde. Il ne signifie pas pour autant que tout se vaut. La démocratie vaut mieux que la tyrannie, la justice que l'injustice, l'amour que la haine. Mais il y a parfois des manières différentes de vivre et de comprendre certaines vérités universelles, sans pour autant les contredire. Quant aux vérités ultimes, celles qui concernent Dieu ou l'Absolu, nul ne peut en avoir une claire compréhension, nul ne peut prétendre les posséder, car elles échappent à notre entendement. Ce qui est transmis dans chaque culture ou civilisation n'est toujours qu'un point de vue partiel ou limité. Ceux qui sont enfermés dans une posture dogmatique sont sûrs du contraire et leur coeur ne peut accueillir la vie avec humilité et autrui dans un véritable respect."

La rentrée, avec son lot de nostalgie, fin des vacances et de l'insouciance, mais aussi avec toutes ses joies, lorsque de nouvelles perspectives s'ouvrent.
Cette année l'association Altaïr, tout en gardant mémoire de ses 21 ans passés en quête de ce qui peut nous rendre plus humain, n'échappe pas à la règle et se tourne vers de nouvelles directions.
Se recentrer sur nos fondamentaux, développer l'accueil, élargir notre horizon en essayant d'être présents là où nous pouvons être utiles.
Nous sommes tous convaincus de l'importance de faire découvrir ce formidable outil de connaissance de soi qu'est l'astrologie humaniste appliquée, et c'est notre objectif principal.
Nous sommes heureux d'être présents dans la communication du centre et en particulier sur le site Internet remis à neuf que vous pouvez découvrir à son adresse habituelle.
L'espace s'ouvre, de nouveaux liens se créent, nous sommes prêts pour de nouvelles aventures. Nous espérons les vivre avec vous ...
Le titre de la conférence d'astrologie mondiale de Sylvie Lafuente Sampietro pour l'année 2013 m'avait interpellée : "Face aux crises, la créativité."
Et j'ai retrouvé en ouvrant le Telerama de cette semaine un article sur la crise très en phase avec ce titre.
En voici deux extraits pour étayer la réflexion sur l'année à venir. Myriam Revault d'Allonnes , spécialiste de philosophie politique et morale est interviewée.

" On parle de la crise comme s'il s'agissait d'un état permanent, et c'est effectivement vécu par l'homme contemporain comme un état permanent. Pourtant, classiquement, la crise est un état d'exception, dont on doit sortir. C'est ce que nous apprend l'étymologie. Le mot "crise" vient du grec ancien. La krisis, pour les grecs, signifie trois choses. Dans le registre médical, il s'agit de l'état paroxystique de la maladie, dont il faut absolument sortir _ le moment où l'on se trouve face à une alternative : la vie ou la mort. Mais la crise, cela veut dire aussi : la décision _ c'est lié au sens précédent, à la nécessité de prendre une décision pour s'en sortir. Troisième sens : le filtre, le tamis, c'est-à-dire le jugement. Crise et critique ont ainsi la même étymologie. Pour les grecs, le mot se rattache donc au domaine médical, mais aussi au judiciaire, au politique et au militaire."
"Tout se passe comme si la crise économique concentrait toutes les difficultés du vécu. En réalité, à supposer qu'un certain nombre de problèmes économiques soient résolus demain, on ne sortirait pas de la crise pour autant. Parce que la modernité est liée, consubstantiellement, à la notion de crise. Cela dit, il ne faut pas négliger ce que la crise peut avoir de fécond. Hannah Arendt écrit que c'est lorsque nous avons perdu tous les repères traditionnels qui nous permettaient de porter des jugements que notre capacité à juger peut être relancée. Je ne dirais sûrement pas vive la crise, ce serait irresponsable. Mais je dis qu'on peut aussi l'appréhender comme une force positive qui nous oblige à penser autrement."
Voilà justement ce que nous demande la période présente : nous aurons l'occasion d'en reparler à l'occasion de la conférence d'astrologie mondiale. Et de reparler de ce livre de Dane Rudhyar, dont les idées devraient nous éclairer .